Aude : les vertus du groupement d’employeurs en Cuma

Publié le 30 novembre 2021

Aux côtés d’Alain Giniès (à g.), Evelyne Guilhem a animé cette assemblée générale axée sur l’importance de l’emploi pour la fédération audoise des Cuma. © O. Bazalge

La fédération audoise des Cuma veut promouvoir le modèle des groupements d’employeurs en se basant sur la réussite de ce qui a été mis en place par la Cuma du plateau de Fanjeaux. Les enjeux pour l’emploi sont essentiels pour une agriculture de proximité.

“L’emploi fait partie des axes prioritaires de mon mandat”, souligne Evelyne Guilhem, présidente de la fédération des Cuma de l’Aude (FDCuma 11), à l’occasion de cette assemblée générale du 23 novembre, automnale plutôt que printanière, en raison des contraintes sanitaires.

En effet, depuis plus de trois ans maintenant, la FDCuma 11 a entamé un travail de fond sur le sujet de l’emploi partagé au sein des Cuma. Les présidents nationaux s’étaient d’ailleurs saisis du dossier en voyant les résultats positifs de création d’emplois enregistrés sur le territoire audois.

C’est donc à travers l’exemple du groupement d’employeurs de la Cuma du plateau de Fanjeaux, abouti au printemps 2021, que la présidente a souhaité encourager cette solution originale et efficace pour l’emploi. “Des coteaux de Mirepoix à Castelnaudary, en passant par la Piège, notre Cuma regroupant une cinquantaine d’adhérents offre une diversité d’activités agricoles autour des élevages bovins et ovins, en viande ou transformation fromagère, mais aussi en aviculture, maraîchage ou grandes cultures céréalières. Nous disposons donc d’un parc matériel très varié. Cela faisait plusieurs années que les besoins non pourvus en main-d’œuvre se faisaient sentir sur les différentes exploitations, et plusieurs départs à la retraite ont fragilisé les groupes d’entraide au sein de la Cuma. C’est en 2019 que la question du recours à de la main-d’œuvre salariée s’est sérieusement posée et que nous avons entamé cette réflexion, car ce n’était plus simplement une option”, détaille Benoît Gaillard, président de cette Cuma implantée dans l’Ouest du département.

Bien définir le volant d’heures à attribuer au salarié

Le recours au service de remplacement avait permis de pallier pendant quelque temps aux besoins des exploitants, mais ce renouvellement des vacataires empêchait toute perspective de formation pérenne pour inscrire quelqu’un dans la durée.

“Nous avons donc pris la décision en 2020 de porter notre propre groupement d’employeurs au sein de la Cuma pour recruter, et surtout former notre propre salarié polyvalent apte à évoluer au sein de toutes les structures composant notre Cuma”, poursuit Benoît Gaillard.

Une demi-douzaine d’exploitants a décidé de franchir le cap pour intégrer ce groupement d’employeurs issu de la Cuma du plateau de Fanjeaux.

“Chacun a exposé ses besoins de manière très claire, pour bien mettre à plat le volant d’heures que chacun voulait attribuer à cet employé. C’est un point crucial pour qu’un tel projet garde toute sa cohérence, d’autant que nous souhaitions embaucher une personne à temps complet”, appuie l’exploitant basé aux limites de l’Aude et de l’Ariège.

Un planning prévisionnel a pu être établi avant d’entamer toutes les démarches de mise en fonctionnement de ce groupement d’employeurs.

La FDCuma 11 a accompagné la conduite administrative de ces démarches. “Tout se passe exactement de la même manière que pour un employeur classique, avec toutefois une spécificité propre aux Cuma : bien s’assurer que l’option ‘groupement d’employeurs’ ait été inscrite dans les statuts de la Cuma. Je la recommande systématiquement dans l’établissement des statuts, même si on n’en a pas besoin. Cela permet de ne pas avoir à refaire les statuts le jour où la situation se présente”, affine Marion Fachin, directrice de la FDCuma 11. Elle ajoute qu’il suffit ensuite d’indiquer à l’inspection du travail que la Cuma active cette option ‘groupement d’employeurs’ avant de finaliser la réalisation du projet.

Difficultés de la polyvalence

Comme toutes les autres activités d’une Cuma, cette activité de groupement d’employeurs est soumise à la souscription de parts sociales. Dans le cas de la Cuma du plateau de Fanjeaux, il aura fallu presque deux ans et demi de réflexion et de mise en route pour concrétiser l’embauche de ce salarié polyvalent au printemps 2021. C’est donc avec quelques mois de recul que Benoît Gaillard peut distiller quelques conseils sur l’action menée au sein de son groupement, qui est géré par le conseil d’administration de la Cuma. “L’organisation avait été bien réfléchie, en définissant bien le rôle de chacun, pour éviter de se disperser, et surtout pour que le salarié sache clairement à qui se référer. Nous avons donc défini une seule personne comme responsable direct de celui-ci, que ce soit pour l’organisation du planning en fonction des besoins de chacun ou pour les relations avec les adhérents”, reprend le président de la Cuma du plateau de Fanjeaux. La secrétaire de la Cuma se charge, quant à elle, de toutes les questions administratives relatives à la gestion du salarié.

Ce serait donc un monde parfait que pourrait décrire Benoît Gaillard, sauf qu’il avertit fermement sur la nécessaire rigueur prévisionnelle des adhérents dans l’établissement des plannings de chantiers, mais aussi sur les difficultés générées par la polyvalence d’un tel poste.

“Même si nous envisageons toujours de la flexibilité en fonction de la météo ou des impondérables, la fluidité de l’organisation dépend de la capacité de tous à prévoir les chantiers à venir. De même, chacun s’efforce de créer une atmosphère de travail cordiale et sécurisée, car la réussite de l’intégration du salarié est très dépendante de l’encadrement humain compte tenu de la difficulté d’évoluer dans six exploitations distinctes”, avise le président de la Cuma du plateau de Fanjeaux.

Outre le fait d’avoir réussi à mettre la main sur un salarié motivé, le fait de pouvoir le former aux spécificités des exploitations de la Cuma et d’envisager son maintien sur le long terme constitue une véritable plus-value pour le groupement. “Tous les adhérents ont joué le jeu de la bienveillance et de la bonne volonté pour prendre le temps d’expliquer leurs spécificités à notre employé afin qu’il s’acclimate et trouve le rythme attendu dans chaque exploitation, malgré les difficultés de la diversité”, abonde Benoît Gaillard.

Evelyne Guilhem conclut en soulignant combien la raréfaction de main-d’œuvre est un des dangers guettant la pérennité des exploitations actuelles. Face à l’attente sociétale de circuits courts, ceux-ci ne peuvent exister sans la main-d’œuvre, les groupements d’employeurs peuvent donc être une solution concrète pour les producteurs.

Olivier Bazalge

 


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