Aude : le long combat de l’eau

Publié le 08 juin 2021

De g. à d. : Paul Camman, Nicolas Jeanjean, Jean-Louis Cazaubon, Alain Giniès, Philippe Vergnes, Catherine Luciani, Dominique Granier, Dominique Béziat. (© Safer Occitanie)

En clôture de l’assemblée générale de la Safer Occitanie, qui se tenait cette année dans l’Aude, le cas particulier de ce département et de ses problématiques vis-à-vis de l’eau ont été abordés au cours d’une table ronde. Des perspectives de solutions sont proposées malgré les embûches.

Du beau monde s’est retrouvé autour de la table ronde organisée le 27 mai par la Safer Occitanie, pour discuter de la situation et des enjeux de l’eau pour l’agriculture audoise. Philippe Vergnes, président de la Chambre d’agriculture départementale, a laissé filtrer en préambule son hésitation à participer à cette discussion, tant son agacement est latent vis-à-vis de la lenteur des avancées autour de cet enjeu agricole de première importance. “Depuis le début de ma première mandature en 2013, nous faisons ce type de grand-messe... Nous parlons, nous discutons de solutions, mais rien ne bouge concrètement sur le terrain. Or, les solutions sont connues, et le besoin en eau de nos agriculteurs est immense dans notre département, où seuls 16 000 hectares sont irrigués. Ce qui ne pèse pas lourd, car je rappelle qu’à elle seule, la vigne représente 70 000 ha sur notre territoire, sans compter les besoins du maraîchage et de l’ensemble des cultures”, détaille-t-il d’emblée. Pour lui, “il ne s’agit pas d’un problème de ressource, mais de disponibilité”, martèle-t-il, depuis plusieurs années concernant l’eau.

Le sujet de la mise en œuvre de retenues collectives d’eau n’a donc pas tardé à refaire surface dans la discussion. “Je le répète, mais nous devons pouvoir retenir l’eau de ces épisodes cévenols que nous connaissons parfaitement. Ce sont des millions de mètres cube qui vont dans la mer chaque fois”, appuie encore le président de la Chambre d’agriculture.

Possibilités de stockage

En l’absence de Florent Guhl, directeur de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) Occitanie, c’est son directeur adjoint, Nicolas Jeanjean, qui a exposé les positions de l’état autour de cette thématique de l’eau dans l’Aude. “Il est évident que l’évolution du contexte climatique, avec des alternances accentuées d’excès, puis de manque d’eau, replace d’autant plus la question du partage de cette ressource, de ce bien commun par excellence, au centre des débats. Mais j’ai confiance dans la capacité collective des acteurs concernés à gérer intelligemment et conjointement ce bien collectif”, explique-t-il. Le Draaf adjoint rappelle en effet que la loi prévoit une conciliation des usages entre les besoins légitimes de chacun : agriculture, industrie et usagers particuliers. Mais, dans le schéma actuel de répartition, dans le contexte du changement climatique, “cela ne peut pas fonctionner, car nous sommes déjà, en Occitanie, en situation de déficit quantitatif très marqué sur de nombreux bassins versants des deux grands bassins Adour-Garonne et Rhône-Méditerranée”, alerte Nicolas Jeanjean.

Comme Philippe Vergnes, il estime que les solutions existent, mais va plutôt dans le sens d’une nécessité d’une économie des usages de cette ressource, avec des choix de production moins gourmands en eau. Il ajoute néanmoins que les possibilités de stockage de l’eau, “lorsque les conditions topographiques et locales le permettent, pour ne pas porter préjudice aux usagers et aux besoins des milieux naturels”, doivent également être prises en compte.

Travailler sur les pertes

En ramenant l’attention sur la situation particulière du département, Alain Giniès, conseiller départemental en charge de l’agriculture, rappelle que pour l’eau potable, il suffit d’acheminer vers l’usager final 75 % de l’eau prélevée pour être noté AAA. “Ce qui induit des pertes énormes sur lesquelles il est essentiel de travailler, aux côtés des ASA et des Agences de l’eau”, note le conseiller départemental.

Avant de se lancer dans une quelconque action, le Département a préféré mener une étude d’évaluation de ses problématiques d’eau à l’échelle du territoire. L’enquête a permis d’évaluer les pertes sur le réseau de distribution à 37 Mm3 (millions de mètres cube), “et depuis deux ans que nous y travaillons, nous avons réglé le problème de 21 Mm3. Certes, il en reste 16 à solutionner d’ici 2024, mais ce problème des pertes est un préalable indispensable avant d’envisager d’éventuelles extensions”.

En collaboration avec la Chambre, un travail a également été conduit pour définir les zones agricoles qui pourraient bénéficier de la ressource. Si 16 000 ha agricoles sont déjà irrigués dans l’Aude, “il y en a 30 000 en attente. On ne va donc pas pouvoir régler ce problème dans l’année. Il faudra du temps, même si nous aurons prochainement 1 250 ha irrigués grâce aux travaux menés au lac de Jouarres”, rappelle Alain Giniès.

Philippe Vergnes insiste donc sur la nécessité de disséminer des bassins de rétention “de 4 à 5 Mm3 chacun” à travers le département, ainsi que des forages collectifs, pour permettre au plus grand nombre de bénéficier de la ressource.

Olivier Bazalge 


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