Aude : Le combat ne s’arrête jamais pour le Syndicat des vignerons

Publié le 07 mai 2019

Réélu pour deux ans, Frédéric Rouanet s’est montré incisif sur la large gamme de dossiers chers aux vignerons. Europe, transition écologique, aménagement des cours d’eau et vigilance économique ont été abordés par le président du syndicat vigneron au

Fort de ses 4 000 adhérents, le Syndicat des vignerons de l’Aude tenait, le 25 avril, son assemblée générale à Ferrals-des-Corbières. A cette occasion, son président Frédéric Rouanet a été réélu pour deux ans. Fier des acquis récents pour lesquels le syndicat s’est investi, il n’a pas manqué de revenir sur les enjeux majeurs que la profession doit relever pour préserver sa pérennité.

Les vignerons ne sont pas près d’oublier. 2018 restera de sinistre mémoire pour le département, avec un lourd tribut payé par la communauté vigneronne lors des inondations et de l’attaque terroriste de Trèbes. Une minute de silence a donc été gravement observée en ouverture de cette assemblée pour rendre hommage à ceux qui sont tombés, vignerons et citoyens audois. Philippe Monziols, directeur du syndicat, a sobrement pris le relais pour dresser un compte-rendu concis de l’activité de cette dernière année. Il n’a pas manqué de remercier tous les acteurs publics, syndicaux ou associatifs, qui ont permis l’obtention des mesures d’aide et l’organisation de la chaîne de solidarité ayant suivi les inondations d’octobre pour assister les sinistrés. “Mais il faut maintenir la pression auprès des pouvoirs publics pour maintenir les aides et que tout ce qui a été fait jusqu’à présent ne l’ait pas été en vain”, a-t-il encore insisté, avant de répéter l’importance de s’assurer pour atténuer cet impact des aléas climatiques sur les exploitations. Il a en outre déroulé le fil des dossiers majeurs sur lesquels a pu travailler le syndicat : ravages des sangliers, entretien des cours d’eau, identification des écoulements, “et nous avons obtenu la création d’une épargne de précaution, le maintien du dispositif travailleur occasionnel et l’information du consommateur par la mention de l’origine des vins sur l’étiquette frontale et sur les cartes de restaurant”, a-t-il rappelé.

Vigilance économique et politique

Passée ensuite la reconduction unanime pour deux ans de Frédéric Rouanet à la présidence du syndicat, celui-ci a livré un discours riche en orientations quant aux combats restant à accomplir. “Six ans de lutte syndicale, c’est usant, d’autant que ce furent six ans d’aléas climatiques. L’avancement des dossiers en a pâti, mais le soutien à nos collègues passe avant tout. Pour bien mesurer ce qui s’est passé, ce sont quasiment 22 millions d’euros qui ont été récoltés depuis six ans pour que l’activité de sinistrés continue”, introduit Frédéric Rouanet.

Comme pour la météo, la vigilance reste de mise vis-à-vis du marché. “La récolte a été importante, le vin s’écoule pourtant assez bien, mais je crains une inflexion de cette tendance. Le négoce veut planter des milliers d’hectares de vins sans IG, cela fera mécaniquement baisser les prix. Nous ne pouvons pas, en tant que syndicalistes, rester assis les bras croisés. Nous devons être organisés pour contrer ces plantations.” C’est en ce sens que le syndicat s’est rallié derrière les Vignerons indépendants et la coopération dans la création de l’IGP Terres du Midi “pour protéger nos AOP, nos IGP, et créer un nouveau marché ‘entrée de gamme’ qui ne soit pas délaissé aux seuls vins espagnols”, ajoute Frédéric Rouanet. En parallèle, il souligne l’évolution insoupçonnée de la demande du consommateur ces dernières années. Le paramètre environnement devient incontournable et demandé par le marché, mais “vous ne m’entendrez jamais comparer les vignerons qu’ils soient en bio, en conventionnel ou en HVE 3. Il ne peut y avoir de hiérarchisation ou de division entre nous, et il nous faut respecter tous les modes de culture. Si nous partons là-dedans, toute notre organisation s’écroulera d’elle-même.” Une attention toute particulière sera également portée aux contreparties indispensables si la France veut faire de sa viticulture un fleuron environnemental, “car si le prix de la HVE 3 ou du bio devient le prix standard de demain, nous serons tous morts. Et d’autres régions viticoles en Europe seront meilleures que nous là-dessus”, assure-t-il sans détour.

Europe et agribashing au tournant

Rebondissant à propos sur la proximité des élections européennes, Frédéric Rouanet réaffirme le poids de l’Europe pour le milieu agricole. Mais des évolutions importantes de réglementation sont attendues par le syndicat à l’échelle de l’institution continentale, “sur l’ajout de saccharose, qui doit être interdit, car il fausse la régulation naturelle des marchés.

Olivier Bazalge


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