Aude : L’union fait la force de recyclage à Boutenac

Publié le 13 août 2019

Les housses thermo-rétractables, qui enrobent les palettes de bouteilles vides, sont potentiellement recyclables à l’infini.

Les vignerons du cru Boutenac ont mis en place une solution originale de mutualisation d’une presse pour les housses de palettes de bouteilles vides. Impossible à mener pour un seul vigneron, ce projet de diminution de l’impact environnemental prend tout son sens en regroupant les producteurs d’un même secteur.

Les housses thermo-rétractables qui enrobent les palettes de bouteilles vides sont fabriquées en polyéthylène basse densité (PEBD) de catégorie 4. Ce plastique est potentiellement recyclable à l’infini, mais, lorsqu’ils ont terminé leurs mises en bouteilles, les vignerons se retrouvent avec cette quantité de plastique dans un coin, sans trop savoir qu’en faire. Au mieux, certains opèrent un tri sélectif, au pire, les moins scrupuleux iront les brûler. Dans tous les cas, la solution de recyclage n’est pas optimisée.

Soucieux de mieux maîtriser son impact sur l’environnement, Eric Virion, du château Maylandie à Ferrals-les-Corbières, a voulu réfléchir à une solution plus durable pour les déchets plastiques issus de son exploitation. “Nous utilisons ces housses thermo-rétractables pour les palettes de vin que nous expédions, mais malheureusement, nous ne pouvons être présent chez chacun de nos clients pour les récupérer. En revanche, nous pouvons agir sur celles que nous recevons sur les palettes de bouteilles vides. Au gré de mes recherches, je suis tombé sur la société 2EI, une filiale de Veolia qui recycle ce type de plastiques PEBD 4. Cela concerne aussi les sacs de certains bouchons”, décrit Eric Virion. 2EI loue des presses à l’année aux structures susceptibles de lui fournir ce type de plastique particulier.

3 à 4 millions de bouteilles nécessaires

“Pour rentabiliser la location d’une presse, il faut fournir au moins 3 à 4 tonnes de plastique. Grosso modo, une housse pèse 1 kg et emballe 1 000 bouteilles. Le calcul est vite fait à l’échelle du vin : il faut produire 3 à 4 millions de bouteilles pour amortir la presse. Vous imaginez bien que pour un particulier comme moi, qui fait 80 000 cols/an, c’est inenvisageable”, poursuit Eric Virion.

Mais au détour de discussions avec des voisins vignerons, Eric Virion s’est aperçu que le sujet pouvait intéresser nom­bre d’exploitants. Une fois lancée, l’idée a fait boule de neige et Eric Besancenot, le directeur du château Caraguilhes, basé à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, a proposé de louer la presse et de l’installer au domaine pour inciter tout le monde à participer. Une semaine plus tard, à la fin du mois de juillet, la presse était sur place et prête à “césariser” les premiers volumes de plastique PEBD 4. “Cela implique une grande rigueur dans le tri, tous les plastiques ne se recyclent pas de la même manière, c’est très spécifique”, indique Eric Virion. En accueillant la collecte et la presse, Eric Besancenot s’engage à informer, au fil de l’eau, 2 EI du nom­bre de ballots disponibles, cette dernière assure ensuite la logistique de ramassage. Celui-ci est fait de manière responsable, par un partenariat établi avec des transporteurs, ne faisant passer que des camions partiellement remplis effectuant le même trajet.

Pour l’heure, 2 EI vend les ballots de plastique compressés à des industriels plasturgistes qui les recyclent en granulats et billes. Le PEBD 4 est présenté comme pouvant se recycler à l’infini, les granulats obtenus serviront ensuite à refaire des housses, tuyaux d’arrosage ou autres. L’objectif de 2 EI reste, à terme, de créer sa propre unité de recyclage, mais celle-ci doit être rentabilisée par un tonnage plancher d’apport des plastiques. Toute source d’approvisionnement supplémentaire issue d’une initiative comme celle du cru Boutenac est donc bienvenue.

Mobilisation des vignerons du cru

Un appel a été lancé auprès de tous les vignerons du cru Boutenac et du secteur environnant pour contribuer à ce projet. “Nous ne sommes qu’une trentaine de producteurs dans le cru, ainsi que des coopératives, nous sommes donc ouverts à tous ceux qui voudront se joindre à à nous, mais il reste la contrainte de proximité géographique. Si le projet fonctionne, on peut imaginer le dupliquer en délimitant des ilots géographiques ayant le potentiel de produire plus de 4 millions de bouteilles”, imagine Eric Virion.

C’est aussi ce qu’on pense du côté du syndicat général de l’AOC Corbières, où l’on surveille avec attention cette expérience pilote menée par le cru Boutenac. La perspective d’établir une filière maîtrisée de recyclage de ces plastiques à l’échelle des différents territoires de l’appellation ne va pas sans séduire.

Olivier Bazalge


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