Aude : l’appel à la mise en œuvre d’assurances pour tous

Publié le 27 avril 2021

Thierry Bonnier, préfet de l’Aude, s’est rendu dans les vignes de Puichéric et les vergers d’Aigues-Vives. Représentants du secteur agricole et élus lui ont emboîté le pas pour tirer la sonnette d’alarme. © O. Bazalge

Un mois après son installation, le préfet de l’Aude, Thierry Bonnier, est allé à la rencontre d’agriculteurs touchés par le gel. L’occasion pour les organisations professionnelles et les élus de faire appel à la solidarité nationale et à l’indispensable mise en œuvre d’assurances pour tous.

“100 % des arboriculteurs du département sont touchés, avec même certaines fleurs précoces sur oliviers. Dans les vignes, c’est de 80 à 90 % des surfaces, car ce qui restait de préservé dans la Haute-Vallée a connu une gelée blanche le 13 avril, et nous devons à présent attendre ce qui se profile dans le secteur céréalier, car des épis pourraient avoir été atteints par cette deuxième gelée.” Philippe Vergnes n’y est pas allé par quatre chemins pour exposer l’ampleur des dégâts du gel au nouveau préfet de l’Aude Thierry Bonnier. Deuxième source d’emplois départementale après le tourisme, le secteur agricole audois s’apprête à payer un lourd tribut à cette baisse fatale des températures du mois d’avril.

Et, bien évidemment, le sujet de l’assurance agricole est rapidement arrivé au centre des discussions et des revendications essentielles des organisations agricoles. “Je le répète à chaque fois, l’Aude est parmi les meilleurs élèves en France, mais nous n’avons malgré tout que 40 % d’assurés dans le département.
Dans le pays, les chiffres indiquent 350 000 hectares assurés sur les 800 000 ha éligibles, c’est beaucoup trop peu”,
appuie encore le président de la Chambre d’agriculture audoise.

Assurance-récolte à revoir

Et c’est le sénateur-vigneron audois, Sébastien Pla, qui enfonce encore le clou, en expliquant “qu’en cinq ans, nous n’avons connu qu’une seule récolte à peu près correcte. Quel secteur économique peut se permettre d’avoir un chiffre d’affaires normal à hauteur des prévisions tous les cinq ans ? Aucun ! Et, double peine, le système assurantiel se base sur la moyenne olympique des cinq dernières années. On ne peut s’y retrouver ! Dorénavant, il est impossible de régler le problème agricole sans régler le problème assurantiel du secteur”. Il est largement suivi sur ce point par les représentants de la profession, Ludovic Roux, président de la section vigneronne de la Coopération agricole Occitanie, n’hésitant pas à avancer “qu’il est à présent indispensable que tous les agriculteurs soient assurés. Un système assurantiel solidaire pour tous doit naître de cette énième catastrophe climatique. Je ne veux plus entendre de vignerons expérimentés en pleurs parce qu’ils ont tout perdu“.

S’il n’avait pour l’heure pas d’annonces concrètes ou chiffrées à faire, le préfet de l’Aude, Thierry Bonnier, n’a pas manqué de souligner que la solidarité nationale était indispensable à la résolution d’une telle crise. “Une cellule de crise a pu être très rapidement constituée avec les acteurs départementaux de la filière. Les réponses de droit commun, comme la mise en activité partielle, pourront être très rapides. Comme l’ont indiqué le ministre de l’Agriculture et le Premier ministre, nous attendons maintenant la mise en place d’un fonds de solidarité nationale, à l’image de celui qui a été créé pour le Covid”, avance ainsi Thierry Bonnier. Bien conscient de l’impact moral provoqué par cette gelée, le préfet a également mentionné la création d’une cellule d’accompagnement psychologique, “car les exploitants peuvent se sentir seuls dans un tel moment. Seul le collectif et l’implication de tous les acteurs permettent de traverser une crise de cette ampleur”.

Solidarité de l’état et des collectivités attendue

Jamais avare de comparaisons affutées, Jean-Marie Fabre, président national des Vignerons indépendants, n’a pas manqué de saisir la balle de la solidarité nationale au bond : “Ce matin, notre ministre de l’économie a annoncé la participation de l’état au capital face aux difficultés d’Air France, en aidant la compagnie à hauteur de 4 milliards d’euros, alors qu’elle représente 45 000 emplois. Notre filière viticole, c’est 700 000 emplois, nos entreprises seraient ravies d’une telle intervention de l’état dans leur capital !” Le représentant des Vignerons indépendants tire vigoureusement la sonnette d’alarme, car l’impact économique sera “terrible” pour le département avec “400 à 600 M€ de pertes selon le pourcentage effectif de perte de récolte viticole”.

Au nom des trois députés de l’Aude, Danièle Hérin, élue de la 1re circonscription, a tenu à souligner en ce sens que le canal du dialogue est “grandement ouvert avec notre ministre de l’Agriculture, qui sait où il va et qui, en excellent connaisseur des contraintes de la profession, a pris ce problème du gel à cœur et à bras-le-corps”.

Par la voix de son représentant Didier Codorniou, la présidente de la Région Carole Delga a d’ores et déjà annoncé le vote d’un plan d’aide à la filière agricole de 5 M€. “Le Département participera lui aussi à cet effort collectif, dans la limite cependant de ce que peut lui permettre le cadre juridique”, a renchéri Hélène Sandragné, présidente du Conseil départemental de l’Aude. 

 Olivier Bazalge

 


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