Aude : Cent ans de Cavale

Publié le 30 mars 2021

Les ornementations des anciens bâtiments de la Cavale sont toujours présentes, même si l’unité de distillation a dû être déplacée hors de la ville dans les années 70. © O. Bazalge

L’emblématique coopérative limouxine a toujours gardé son acronyme nominal originel. Un joli nom de jeune fille qui lui sied toujours aussi bien, tant ce nom accompagne l’histoire d’une coopérative aussi dynamique que bien ancrée dans son territoire. Diversification et valorisation sont les piliers des orientations de l’organisation qui fête cette année son centenaire.

“La période aurait pu être plus simple“, tant il est vrai que pour organiser des animations de centenaire en période de pandémie mondiale, on a vu meilleur contexte.

Mais du haut de ses cent ans, la Cavale en a connu d’autres, et si l’événement grand public prévu en juin sera annulé de manière certaine, la gouvernance de la coopérative limouxine ne désespère pas de pouvoir maintenir le rassemblement de fin d’année entre adhérents et salariés.

Car si elle a été créée en 1919, c’est bien en août 1921 que la structure a officiellement vu le jour avec la tenue de l’assemblée générale constitutive de la Coopérative agricole de viticulteurs, Agriculteurs de Limoux et ses environs (CAVALE). À une époque où la crise viticole de 1907 est encore fraîche dans les mémoires, le lancement de la Cavale est initié à la sortie de la Première Guerre mondiale, dans la réflexion d’offrir aux producteurs une meilleure valorisation pour les produits de la distillation de leurs marcs, qui était jusque-là opérée par des opérateurs privés.

Au départ, la création de cette distillerie est une émanation du syndicat des viticulteurs local, qui regroupe un grand nombre d’exploitants, “et notamment quelques grands propriétaires terriens de l’époque, qui, avant la Première Guerre mondiale, avaient engagé cette réflexion pour une meilleure rationalisation de tous les produits issus de la viticulture suite à la période difficile de 1907 et la replantation du vignoble avec les porte-greffes d’origine américaine“, situe Christophe Bonnemort, le directeur de la Cavale.

Ancrage local et diversification

Les viticulteurs sont donc partis de rien en commençant leur activité de distillation au sein d’un bâtiment mis à disposition par l’un d’entre eux. “Ils n’ont d’abord cherché qu’à valoriser l’alcool à partir du marc, puis, petit à petit, ils ont commencé à proposer des engrais potassiques à partir des lies et des marcs, mis en place une collecte céréalière et, enfin, des magasins d’agro-fournitures“, dépeint encore Christophe Bonnemort.

Mais, pour le directeur, célébrer le passé, aussi riche soit-il, “n’a de sens que si cela permet d’acter un avenir“. Aussi veut-il mettre l’accent sur ce qui constitue les fondamentaux des forces actuelles et vives de la coopérative limouxine.

Au premier rang desquels figure l’ancrage local de la structure, ainsi que sa capacité de diversification dans ses activités. C’est de cette façon que la distillation est progressivement devenue moins prépondérante dans les cinq branches d’activités qui contribuent aujourd’hui aux 10 M€ de chiffre d’affaires (CA) réalisés par la Cavale. “C’est environ 20 % de notre CA qui est lié à la distillation. Nous traitons 10 à 12 000 tonnes de marcs et 15 à 20 000 tonnes de lies par an, très majoritairement apportées par les trois coopératives Anne de Joyeuse, Sieur d’Arques et Vendéole. Cela représente 7 000 hl d’alcool à l’année“, énumère le directeur de la Cavale.

Aujourd’hui, c’est l’activité agrofourniture qui génère la moitié des revenus de la coopérative limouxine, qui entend bien se maintenir à taille humaine et offrir la qualité du service adapté aux besoins de chaque adhérent.

Valorisation du local

Le développement des ventes de compost comme le ‘Onze 300’ (référence au code postal de Limoux), entièrement élaboré à partir de marc épépiné de la distillerie de la Cavale, fait ainsi partie intégrante de cette stratégie de diversification recherchée par la coopérative. “C’est un amendement organique issu des marcs que nous traitons, dont la composition est très adaptée aux besoins de la vigne. Nous en vendons pour l’instant 1 500 tonnes avec la capacité d’en produire 3 000 tonnes par an“, appuie Christophe Bonnemort. Une nouvelle plateforme de compostage est en train d’être construite par la coopérative pour être opérationnelle dès l’an prochain et ramener cette activité au plus près du site de la distillerie, engendrant ainsi une diminution nécessaire des coûts de transport inhérents.

En revanche, l’activité de collecte de céréales atteint à présent moins de 10 % de l’activité de la coopérative. Cette tendance baissière ne semble pas près de s’infléchir au regard des cours et aléas climatiques qui compliquent régulièrement la tâche de cette filière. Le bio peut toutefois permettre une valorisation plus appuyée.

Inauguré en 2009, le moulin à huile d’olives permet, quant à lui, la collecte d’une centaine de tonnes d’olives annuelles. La filiale de distribution Sicaval fait également montre d’une belle dynamique. Cette structure gère cinq points de vente, dont quatre portent l’enseigne ‘Gamm Vert’, ainsi qu’un atelier de vente-réparation en motoculture. Ces magasins maillent le territoire entourant Limoux et la haute-vallée, du Razès jusqu’aux hautes-Corbières.

Cet ancrage dans son territoire se veut le marqueur fort de La Cavale, de même que la transition vers la valorisation du circuit court qu’elle induit. Le réseau de magasins y participe, en développant maintenant une offre aboutie de produit locaux, “que ce soit en s’associant avec des producteurs de fruits et légumes ou avec le label des viandes de Pyrénées audoises pour mettre en relation nos éleveurs avec les bouchers locaux“, reprend Christophe Bonnemort.

Rôle central de la distillerie

Mais le centenaire est un formidable support pour mettre sur le devant de la scène l’outil de base qu’est la distillerie et combien celle-ci doit permettre d’entamer du bon pied le prochain centenaire. “Nous avons entamé depuis plusieurs années une avancée dans l’économie circulaire, et avons été primés pour ça en 2019. La distillerie y joue un rôle central en donnant une 2e vie aux ‘déchets’. Le compost Onze300 est un exemple emblématique de ce fonctionnement, mais aussi l’huile de pépins de raisins, la pulpe pour faire des aliments ou engrais, le tartre réutilisé en œnologie, l’alcool qui sert pour les biocarburants...“, abonde Christophe Bonnemort.

De même, l’équipe dirigeante est confrontée aux limites de fonctionnement liées à l’augmentation des coûts énergétiques. Des orientations fortes sont donc prises pour être moins tributaires des variations liées à cette charge importante, notamment par la transition de la chaudière de la distillerie du fioul vers le gaz ou le biogaz. Une première source de biogaz est utilisée par la coopérative grâce à la station d’épuration qu’elle partage avec Sieur d’Arques. La deuxième est un projet qui devrait aboutir entre 2022 et 2023, “grâce à un process de gazéification bien éprouvé, mais qui ferait de nous les premiers en France à l’utiliser à partir du marc, pour rester dans cette logique de circularité“, renchérit le directeur.

Les perspectives ne manquent donc pas, que ce soit dans la limitation de la dépendance à la vente de produits phytosanitaires, la valorisation du bois-énergie des coopérateurs, la séparation des marcs et lies bio, la totalité des toitures en photovoltaïque, la vente en ligne et l’innovation permanente pour réduire l’empreinte énergétique.

Si la Cavale ne cherche pas nécessairement à se développer, elle envisage d’élargir sa stratégie d’offres des produits issus de son économie circulaire aux territoires voisins, et mettre ainsi encore plus en lumière les vertus de la diversification et la richesse de la production de la haute-vallée et du Limouxin.

Olivier Bazalge


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