Arterris : une asperge à planter plus large

Publié le 13 octobre 2020

Les gains d’une plantation plus large sont conséquents sur la durée de vie d’une aspergeraie. L’aération, l’ensoleillement et l’état sanitaire sont meilleurs, offrant un gain de production, doublé d’une meilleure rentabilité de la main-d’œuvre. © OB

Si elle reste une culture technique nécessitant un matériel adapté, l’asperge présente une rentabilité économique intéressante pour une exploitation. Les coûts de main-d’œuvre et les équipements nécessaires constituent les postes de charges les plus importants, mais des solutions existent.

Le 30 septembre, la coopérative Arterris a organisé une journée dédiée à la production d’asperges, en vue de développer cette culture dans la zone d’approvisionnement qu’elle couvre. Afin d’accompagner au mieux les producteurs déjà installés ou porteurs de projets, la coopérative a établi, cette année, un partenariat avec le consultant Christian Befve, “pape” de cette culture, qui, associé à son équipe de techniciens indépendants, suit 30 % de la production mondiale dans 29 pays. Si l’attractivité du prix de vente du produit fini reste la donnée qui peut convaincre un exploitant d’aller vers cette culture, le consultant indique qu’à ses yeux, “l’optimisation de la main-d’œuvre est le critère déterminant pour une culture qui, en 1990, nécessitait 700 grammes d’asperges pour financer une heure de main-d’œuvre, alors que nous en som-mes aujourd’hui à 2,7 kilos. A ce rythme, les projections évaluent cette quantité à 6 kilos dans dix ans. Il est donc indispensable que la technique soit au rendez-vous pour contrer et limiter cet impact incontournable de la main-d’œuvre”.

Citant l’exemple d’une coopérative avec laquelle il collabore, il indique donc qu’il est essentiel de faire baisser ce coût de main-d’œuvre, en passant de 1,80 €/kg à 1 €/kg, pour encourager le développement de la production. “En opérant cette diminution, qui a fait passer le besoin en main d’œuvre de deux personnes par hectare à une seule, cette coopérative est dans le même laps de temps passée de 200 à 1800 tonnes de production”, justifie Christian Befve.

Meilleure efficacité à 3,5 m

Didier Duprat, un des consultants associés à Christian Befve, aborde en ce sens le sujet essentiel des distances entre rangs qui, en optimisant les conditions de culture et de croissance de la plante, rend également plus efficace le travail des opérateurs.

“Des essais ont pu être menés jusqu’à 5 m d’écartement, ce qui est considérable, mais il s’avère que globalement, l’augmentation des inter-rangs favorise un ensemble de critères qui rendent la production plus efficace”, pose le technicien.

Sans aller jusqu’aux extrêmes, un écartement plus important à 3,5 m va favoriser l’accès à la lumière et l’aération de la plante, optimisant le rendement photosynthétique et diminuant la sensibilité aux maladies cryptogamiques. De plus, cette aération facilite également la diffusion des produits de traitement au sein de la végétation et des parties aériennes, tout en facilitant l’accès des engins mécaniques. “Tous ces éléments contribuent à un meilleur état sanitaire général, en particulier en culture bio, et par conséquent un meilleur rendement horaire des récolteurs. Il faut bien prendre en compte le fait que quel que soit l’écartement choisi entre les rangs, la densité à l’hectare ne varie pas, car il y a une augmentation en parallèle du mètre linéaire”, ajoute Didier Duprat.

Augmenter l’écartement présente bien d’autres atouts comme le con-trôle mécanique des adventices ou bien faire le choix de l’enherbement sur l’inter-rang. Ce dernier évite le compactage et l’érosion des sols, tout en créant un micro-climat favorable aux jeunes plantations. “L’enherbement offre également un gain de température au niveau du sol, ce qui signifie un gain de production en culture d’asperge. On admet qu’un degré celsius de plus entraîne un gain de 30 kg/ha/jour d’asperge”, ajoute le consultant.

Vieillissement précoce à 2 m

Sans oublier que les espèces enherbées sur l’inter-rang font office d’engrais vert après destruction, mais avant cela, lorsqu’elles montent, elles offrent une protection mécanique contre le vent, donc là aussi un gain de température, à la culture d’asperges sur le rang.

“Mais cet écartement de rang ne doit pas se faire au détriment des équipements de l’exploitation, car celle-ci doit être adaptée au matériel et aux conditions déjà en place. Dans le cadre d’une nouvelle plantation, il est clair qu’il faut planter directement à 3,5 m”, défend Didier Duprat.

Le technicien a ainsi mesuré les différences de niveau de production qui s’opéraient pendant 13 ans, la durée de vie d’une aspergeraie, entre une plantation à 2 m et son homologue à 3,3 m. La première produit 72 500 kg/ha, alors que l’autre atteint 103 500 kg/ha. “Cette différence s’explique par un vieillissement précoce de la plantation à 2 m, car le travail du sol affecte moins les racines des asperges. Ces racines ont, de plus une meilleure expansion, car il y a plus de volume de terre disponible avec plus d’écart. Ce surplus de terre se révèle en outre plus adapté pour butter”, argumente Didier Duprat.

Pour conclure, il indique qu’à rendement similaire, les récolteurs parcourent moins de distance lorsque l’écart est plus grand, ce qui se traduit par un gain de 1 600 €/ha de main- d’œuvre entre une plantation à 2,4 m et une à 3 m à tonnage identique.

Olivier Bazalge


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