Artaban, le mousquetaire rouge des cépages résistants

Publié le 24 septembre 2019

Bernard Angelras, président de l'IFV, avec Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur de l'IFV, lors du coup d'envoi des premières vendanges d'artaban au domaine du Petit Romain.

Plantés sur 20 ares, les pieds d'artaban du domaine du Petit Romain, près de Nîmes, ont connu leurs premières vendanges, le 13 septembre. Cépage rouge parmi les quatre variétés Inra-RESDur 1 résistantes au mildiou et à l'oïdium, artaban présente des caractéristiques prometteuses pour l'IFV. Les micro-vinifications de ce premier millésime devront convaincre professionnels et consommateurs.

Les attentes sociétales sont grandes, et l'enjeu environnemental, "énorme". Pour Bernard Angelras, président de l'IFV (Institut français de la vigne et du vin) et du Centre du rosé, "les conditions de production ne peuvent pas changer du jour au lendemain". Sans tomber dans le dogmatisme du "zéro phyto", la filière s'appuie sur la recherche pour aboutir à une réduction de traitements acceptable pour tous. L'Inra et l'IFV croient dur comme fer aux vertus des variétés résistantes, pour contribuer à l'adaptation du vignoble face aux maladies fongiques comme à la sécheresse, avec à la clé, l'assurance d'une baisse notable des traitements.

Anticiper le potentiel qualitatif

Pour la première récolte d'artaban, sur la parcelle de 4 000 pieds du domaine du Petit Romain, à Nîmes, la vigne donne déjà 3 kg/pied. "C'est beaucoup pour une jeune vigne", relève Bernard Angelras, le propriétaire du domaine géré par ses fils Romain et Thomas.

Vigoureuses, les vignes ont été délestées de quelques grappes avant le démarrage des vendanges, car "il y en avait trop" pour maîtriser la récolte, explique Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur de l'IFV. D'autant que "le facteur feuillage peut retarder un peu les maturités". Les feuilles des deux cépages rouges (artaban et vidoc) ont "tendance à rougir à l'automne", annonce Pascal Bloy. Mais pas d'inquiétude, rassure le directeur pôle matériel végétal de l'IFV : il incombera aux vignerons de gérer la vigueur des jeunes vignes, en optimisant les mises en réserve nutritionnelles, d'environ "20 % de plus".

Idéalement situé, le domaine du Petit Romain jouit de terres fertiles, du goutte-à-goutte et d'une nappe phréatique "à moins de 2 mètres de profondeur". Enherbées, les vignes bénéficient des bienfaits de la fertirrigation (25 kg d'engrais / ha), le tout automatisé, pour un végétal "en bon état". 

Un cépage prometteur

"Par rapport à d'autres cépages, il n'a pas trop subi la grillure", constate Bernard Angelras, engagé depuis 25 ans en AB. Pourtant, plantée il y a trois ans, la parcelle est balayée par le soleil couchant. Ce qui laisse présager un "bon comportement" de la vigne, alors même que cette dernière n'a subi aucun traitement phytosanitaire cette année, assure le président de l'IFV. à peine un seul l'an dernier. De quoi séduire le viticulteur qui prévoit de "tout replanter d'ici 2021" en IGP, et accessoirement en Costières de Nîmes, sur les 107 ha de vignes du domaine. Date à laquelle les variétés hybrides pourraient être autorisées en appellations, alors que les ODG d'IGP peuvent déjà faire la demande d'une inscription à leur cahier des charges. Le Centre du rosé, que Bernard Angelras préside aussi, est venu récolter 350 kg d'artaban pour le micro-vinifier. Les Coteaux varois en Provence ont débuté les plantations, en test.

Avec des coûts de production et de main-d'œuvre moindres, et suite aux essais VATE (Valeur agronomique, technique et environnementale), les rendements potentiels peuvent aller "au-delà des 100 hl/ha, selon ses objectifs", indique Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, soit "un peu moins que le grenache, mais plus que le gamay".

A faire déguster au Sitevi

"Peu de gens connaissent artaban", glisse Bernard Angelras. Léger euphémisme, tant la marge de progression de la notoriété de ces cépages est importante. Pour vendre ces vins qui soient "au goût du consommateur", il faudra déjà séduire les acheteurs. Sitevi est ainsi dans l'agenda de l'IFV pour faire une première impression. Les micro-vinifications feront office de carte de visite lors du salon, du 26 au 28 novembre.

Philippe Douteau


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