AOP Faugères : le temps de l'engagement

Publié le 10 septembre 2019

Nathalie Caumette a choisi de valider les pratiques menées par les vignerons de l'appellation, de les partager et les défendre dans un élan collectif, concrétisé par la signature d'une "lettre d'engagement" avec les élus.

Dans le sillon de la démarche "Faugères, grands vins de nature" instaurée en 2018, l'appellation héraultaise a profité du lancement des vendanges, à Fos, pour valider les démarches en place, via la signature d'un engagement agroécologique multipartite en accord avec des communes de l'AOP et le Département. Une "réflexion commune" souhaitée par la présidente du syndicat, liant producteurs, élus et citoyens dans le tournant écologique entamé depuis des années.

Les vendanges ont officiellement été lancées le 29 août en terres de Faugères. "Cette année, les vendanges sont plus tardives." Le constat de Nathalie Caumette, présidente de l'appellation, s'explique en particulier par un froid printanier qui a retardé la floraison. Avec des tailles de grains variables selon les cépages et les secteurs de l'appellation, les raisins vendangés ont été épargnés par le mildiou et l'oïdium. Idem pour la flavescence dorée. Précurseurs en matière d'initiatives agroécologiques, les vignerons de l'appellation ont, dès 2011, inscrit des mesures allant en ce sens : désherbage chimique proscrit sur l'inter-rang, enherbement permanent des tournières, apport en azote minéral limité... Avec 40 % de surfaces engagées en agriculture biologique, et 80 % des caves respectant au moins un engagement agroenvironnemental (bio, biodynamie, HVE, confusion sexuelle sur 500 ha), l'AOP Faugères fait un pas de plus dans cette démarche territoriale, en sollicitant le soutien des collectivités, pour répondre aux enjeux de la viticulture de demain, qui devra faire face à de nouvelles gestions des ressources, par la mise en place d'expérimentations et d'aménagements.

Sécheresse : la vigne a tenu le coup

La traditionnelle levée du ban des vendanges 2019 a été célébrée sur la commune de Fos, en pleine appellation Faugères. Ouvrant la marche vers les quelques vignes sur les hauteurs du village, regroupant une collection variée de cépages, la Commanderie de Faugères portait fièrement les couleurs de l'AOP, qui couvre sept communes et court sur 3 100 ha de garrigues et près de 1 900 ha de vignes. Syrah, muscat petits grains, roussanne, cinsault, alicante Bouschet, bourboulenc, carignan, jacquez le prohibé... Devant ce panel de vignes plantées à 350 m d'altitude, la Commanderie et Nathalie Caumette ont évalué, à chaud, le taux de sucre des cépages à récolter, qui présage le déclenchement des vendanges. Prévues le lendemain dans le Sud de l'appellation, les ramassages ont symboliquement démarré, préludes à un millésime forcément "chaud et sec", déclare Nathalie Caumette, en pleine phase de test, à l'aide du réfractomètre.

Le manque criant de pluie et la grêle de début août n'ont pourtant pas eu raison de la vigne, qui a "bien tenu le coup". Etonnamment, "80 % de toutes les souches" présentent un état sanitaire satisfaisant. "C'est incroyable, car les feuilles sont encore vertes", constate, soulagée, la présidente de l'ODG. "La vigne est allée jusqu'au bout", annonce-t-elle à la foule des producteurs, élus et habitants du Faugérois. Une résistance, voire une résilience, du végétal qui donne "de l'espoir pour poursuivre la culture malgré les menaces du réchauffement climatique".

Des pratiques à ancrer durablement

Des pratiques agroenvironnementales inscrites depuis 2011 au cahier des charges, telles que le désherbage en plein, ont fait de l'appellation un acteur précurseur, notamment "grâce au GDON (Groupement de défense contre les organismes nuisibles du Faugérois, dont elle est responsable, ndlr), nous avons pu réduire les intrants de 50 %, par rapport aux recommandations préfectorales", se félicite Nathalie Caumette. En faisant appel aux élus locaux pour soutenir et développer les démarches déjà adoptées par les vignerons, l'engagement des politiques s'avère nécessaire pour mener des actions territoriales cohérentes, là où le syndicat dispose des compétences agricoles.

A l'image du territoire, la viticulture héraultaise est multiple, rappelle Nathalie Caumette, partisane du dialogue, réfutant tout dogmatisme, et laissant le choix et la voie libre aux vignerons, qu'ils soient en bio, certifiés HVE, Terra Vitis ou conventionnels raisonnés. Tous les chemins sont acceptables, tant que l'expertise est partagée à bon escient.

Philippe Douteau


Etendue sur 1 850 ha de vignes, l’AOP Faugères repose sur des sols entièrement schisteux, mêlant sable et argile.

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