AOC Terrasses du Larzac : Au nom de l'exigence

Publié le 29 juillet 2020

Le nouveau bureau, version 2020, de l’AOC, à l’issue de la réélection de son président, Sébastien Fillon, accompagné de Charlotte de Béarn, vice-présidente, de Krystel Brot, secrétaire, et de Franck Launay, trésorier. © DR

Après six ans d’existence, la jeune appellation des Terrasses du Larzac, bien ancrée dans le paysage régional, doit encore faire ses preuves à plus grande échelle. Pour autant, l’AOC attire en son terroir des nouveaux venus comme aucune autre, grâce à sa mosaïque de cuvées, de sols et de cépages, caressés par la fraîcheur des hauteurs. Conduit par son président qui entame un second mandat, le syndicat veut porter haut les couleurs de l’appellation et repenser sa stratégie pour les cinq ans à venir.

Près d'un an après son élection, le président de l'AOC Terrasses du Larzac, Sébastien Fillon, veut garder le cap, et affiner encore le positionnement des vins, de la vente à l'image de marque. Entre désir d'assouplissements des règles, ouverture aux cépages blancs et gestion des stocks, les chantiers ne manquent pas pour le nouveau bureau fraîchement réélu. 

Miser sur l'intégrité de la marque 

Après une première année de présidence, relativement "classique et calme", Sébastien Fillon et son bureau ont quelques dossiers plus costauds à appréhender. Depuis l'obtention de l'AOC, les Terrasses du Larzac ne cessent de séduire. Raison de plus pour veiller à leur bonne croissance, et rester vigilant quant à la "défense de l'appellation", comme l'a recommandé le président, qui vient d'être réélu pour un deuxième mandat, à l'issue de l'assemblée générale, le 16 juillet, à Octon. 

"Il faut continuer à être exigeant sur l'intégrité de notre nom", a insisté le président face aux vignerons de l'AOC. Pour le propriétaire du Clos du Serre, l'appellation même 'Terrasses du Larzac' ne saurait souffrir d'un manque de vigilance, au risque de voir fleurir des cuvées surfant sur la tendance 'terrasses' ou du terme 'Larzac', sans être un membre officiel de la famille. "Si on le permet en interne, c'est au risque de se discréditer à l'externe", a averti Sébastien Fillon. À ce titre, en 2019, des actions de l'ODG ont conduit au retrait d'un dépôt de marque 'Larzac', tandis qu'un second est en cours de finalisation. Une surveillance sur des sites internet (produit, étiquette, emballage) a également conduit à deux interventions suivies d'un retrait. 

Stocks et décalage de commercialisation 

Autre point d'attention : les prix. Mettant en garde contre des prix trop bas qui dégraderaient l'appellation, ceux-ci restent, pour l'heure, encore "supérieurs à ce que l'on s'était fixé". En grande distribution, le prix moyen de 8,20 € encourage cette dynamique mais, là aussi, la vigilance est de mise, note le président. "Le réflexe de la grande distribution est souvent de baisser les prix pour vendre plus. Mais je suis persuadé que c'est inopérant pour notre appellation encore confidentielle à l'échelle nationale."

Avec des stocks qui s'accumulent depuis deux ans, le contexte exceptionnel de cette année risquerait d'accentuer la tendance. "Pour les vendanges, il faudra bien déclarer ce que nous sommes capables de vendre", recommande Sébastien Fillon. "Comme nous sommes une appellation à élevage long, sur 12 mois, l'augmentation des stocks due à la crise du Covid-19 entraîne forcément un décalage de commercialisation." 

Un partenariat à construire avec le négoce 

Sur 668 ha, en 2018, 19 217 hl ont été revendiqués lors de la dernière campagne, soit une hausse de 56 %, le vrac représentant une petite partie des volumes, à 2 500 hl environ, avec une valorisation de 50 € de plus par hectolitre pour les vins bio, d'après Christophe Jammes, responsable du service 'Economie et études' au CIVL. Certains vignerons s'interrogeant sur le marché du vrac, le président de l'AOC prévoit un travail "dans la durée", le temps de trouver la direction adéquate auprès des négociants. Prenant l'exemple de l'appellation Picpoul de Pinet, Christophe Jammes conseille "un vrai partenariat à construire", malgré un marché encore modeste. Mais si l'offre est bien régulée et pérennisée, le jeu en vaudrait la chandelle. 

Souplesse et ouverture

Depuis l'obtention de l'AOC, 35 nouvelles installations et reprises ont été enregistrées en Terrasses du Larzac. Une fierté pour le syndicat, qui arbore "une pyramide des âges assez équilibrée", constate Sébastien Fillon. 

L'attractivité de l'appellation va de pair avec un certain désir de souplesse, notamment du cahier des charges. Du côté des cépages rouges, "on aimerait bien assouplir quelques règles", confie Sébastien Fillon, mais les arcanes de l'Inao, on le sait, sont sources de patience et d'attente. Quant au souhait de s'ouvrir aux blancs, il s'agit tout d'abord de répondre à une demande de la clientèle. Fin 2018, et en décembre dernier, deux dégustations ont d'ailleurs été organisées en interne, avec comme critères retenus : la nécessaire production des vins sur un terroir d'appellation, issus de certains cépages tels que grenache blanc, grenache gris, roussanne, marsanne, carignan gris, vermentino, terret blanc, viognier, maccabeu, chenin blanc, entre autres. L'heure est à "l'état des lieux". 

L'objectif est limpide, il convient "d'affiner notre message", confie Sébastien Fillon. Pour poursuivre sa conquête et étendre la notoriété de l'appellation au-delà de l'Occitanie, et même "encore plus loin". 

Philippe Douteau


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