AOC Languedoc : 2021 : à année exceptionnelle, décision exceptionnelle

Publié le 05 juillet 2022

Christophe Bousquet, président du CIVL?; Catherine Richer de l’Inao?; Jean-Benoît Cavalier, président du syndicat AOC Languedoc ; Guy Lautier, son trésorier?; Stéphanie Daumas, sa directrice. © F. Guilhem

Le 28 juin, le syndicat AOC Languedoc organisait son assemblée générale ordinaire à la Maison des vins du Languedoc. Bien que l’exercice 2021 se soit révélé difficile, le syndicat a décidé de mettre en place un avoir exceptionnel pour ses adhérents.

2021 restera une année noire dans la mémoire vigneronne avec l’épisode du gel d’avril et la poursuite de la crise sanitaire. Entre une faible récolte et l’annulation des événements festifs du syndicat, les recettes n’ont pas été au rendez-vous. Conséquence : son résultat financier accuse une perte de plus de 53 000 €. Mais avec une trésorerie de plus de 1,6 M€ et avec plus de 2 M€ de fonds propres, le syndicat dispose toutefois d’une réserve pérenne, dans laquelle il a décidé de puiser pour venir en aide à ses adhérents, qui doivent également faire face désormais à l’inflation galopante et aux tensions générées sur l’économie à la suite du conflit russo-ukrainien. Le conseil d’administration a donc pris la décision d’octroyer, sur la cotisation appelée au titre de l’année 2021, un avoir exceptionnel à ses adhérents d’un montant d’un euro par hectolitre de produit revendiqué en AOC Languedoc.

Avec un peu plus de 248 000 hl revendiqués, la charge pour le syndicat sera d’un peu plus de 248 000 €. Cela est tout à fait jouable grâce aux capitaux propres dont nous disposons et à notre trésorerie”, indique le trésorier du syndicat, Guy Lautier. Et compte tenu que l’année 2022 est déjà “une année pas facile pour certains d’entre nous, nous verrons, l’an prochain, comment nous pourrons vous soutenir”, ajoute-t-il. Entre cet avoir et la perte prévisionnelle de récolte, estimée à un montant de plus de 95 000 €, la perte sur l’exercice 2022 devrait atteindre 344 000 €. Au regard de cette prévision et en tenant compte de l’inflation, le conseil propose donc d’augmenter, pour l’exercice 2023, la cotisation directe de 11 centimes, soit un montant total de 2,05 € HT par hectolitre, et de fixer la cotisation de repli à 1,025 € HT par hectolitre. Toutes les propositions ont été votées à l’unanimité par les adhérents, avant que le président du syndicat, Jean-Benoît Cavalier, ne leur rappelle l’importance du collectif, les enjeux futurs de l’appellation et ses évolutions.

Une AOC de rosé ?

La récolte des AOC Languedoc a été marquée par une forte baisse en 2021, de l’ordre de 12 %, toutes couleurs confondues, avec toutefois une baisse contenue pour les rosés et les blancs (respectivement de - 5 % et - 7 % contre 17 % pour les rouges). Avec 223 500 hl revendiqués en AOC Languedoc, dans les trois couleurs, pour la campagne 2021-2022, cette AOC devient désormais la première appellation en volume du Languedoc depuis la récolte 2021, place d’ordinaire occupée par l’AOC Corbières.

Par ailleurs, la production de rosé dans l’appellation régionale poursuit sa hausse et réalise désormais 65 % des volumes des AOC Languedoc contre 13 % en rouge. Miser sur cette couleur reste donc de mise, d’autant que l’appellation régionale s’est développée via le rosé, devenu majoritaire dans les ventes à la grande distribution depuis 2016, avec, de surcroît, une montée en gamme des bouteilles, le segment à plus de 7 € étant d’ailleurs le seul en croissance. 

L’AOC teste un nouveau mécanisme de la GPS

Pour ce qui est de sa récolte, “celle du rosé a été priorisée en 2021, avec 59 % du volume déclaré, ce qui représente autour de 136 000 hl”, précise Christophe Jammes, responsable du service économie et études au CIVL. Les cours du vrac sont à 138,68 €/hl, soit une augmentation de plus de 7 €/hl. “II reste encore 40 000 hl à retirer sur les rosés, soit trois mois d’achat par le négoce. En revanche, le stock de rosés devrait s’établir à 4,8 mois de sorties à mi-décembre 2022. Il faut donc être vigilant sur le rosé, et ne pas produire plus que ce qui pourra être vendu”, prévient-il.

Pour éviter d’aller droit dans le mur et d’avoir un afflux de récolte ne correspondant pas, au final, aux besoins du négoce, l’AOC Languedoc va tester, à compter du 1er juillet, une version plus en amont de la GPS (gestion prévisionnelle des sorties). “Un travail d’enquête et de sondages sera mené, ainsi que des réunions pré-vendanges organisées avec le négoce pour affiner la déclaration et éviter ainsi un débouché commercial qui serait aléatoire, d’autant que le rosé est un produit périssable. De la sorte, les producteurs auront plus de visibilité par rapport aux attentes du négoce”, explique Jean-Benoît Cavalier.

En pratique, la récolte du rosé sera régie par un nouveau mécanisme de la GPS. Pour ce faire, plutôt que de prendre la moyenne triennale dans le cadre de la GPS, on va opter pour une période de référence basée sur les ventes du 1er septembre au 31 août, afin d’être au plus près de l’activité et plus en amont de la demande commerciale”, ajoute Christophe Jammes. Le travail engagé avec le CIVL doit, par ailleurs, englober également d’autres champs d’actions, considère le syndicat.

Jouer collectif

Dans le contexte inflationniste actuel et sur des marchés de plus en plus concurrentiels, Jean-Benoît Cavalier souhaite que “le collectif reste essentiel pour définir une stratégie et la mise en œuvre d’actions fortes”. Pour ce faire, le syndicat entend jouer un rôle plus important au sein de l’interprofession languedocienne en participant fortement au plan d’actions proposé au Royaume-Uni et aux États-Unis, afin de conquérir de nouvelles parts de marché. Condition sine qua non pour le président : que l’interprofession soit co-présidée par la production et le négoce, et qu’ils agissent comme “deux familles qui gèrent ensemble un produit. C’est cet esprit-là qui doit régner au sein du CIVL”, insiste-t-il.

Mobilisé, le syndicat souhaite l’être également autour du changement climatique. “L’environnement, c’est notre affaire. Si on ne se mobilise pas, d’autres s’en chargeront à notre place, et cela pourrait être dangereux. De toute façon, le changement climatique nous oblige à faire évoluer nos pratiques viticoles, mais cela ne sera pas suffisant, car celui-ci s’accompagne d’aléas climatiques. Il nous faut donc engager une réflexion pour trouver les outils qui nous permettent de passer ces aléas de telle sorte à préserver notre vignoble et à maintenir le dialogue avec les consommateurs”, commente-t-il. Si les inquiétudes sont nombreuses autour de cette question et le contexte économique peu amène, les raisons d’espérer demeurent pour cette appellation, qui reste attractive au regard de ses nouveaux entrants.  

Florence Guilhem


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