Ambiance de scission au CIVL

Publié le 13 juillet 2021

“Nous nous trouvons dans une situation peu propice aux dissensions, donc je souhaite ramener tout le monde autour de la table dans l’intérêt commun de nos AOP et IGP.” © Ph. Douteau

Alors que Christophe Bousquet a été élu président de l’interprofession languedocienne, les composantes de celles-ci apparaissent plus divisées que jamais. Le comportement du négoce est fustigé par la production, dont les principales ODG envisagent un retrait pur et simple.

Depuis le 2 juillet et l’élection de Christophe Bousquet, président de l’ODG La Clape, à la présidence du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL), le fond de l’air tourne à la rancœur au sein du vignoble languedocien. Si bien qu’après la sortie de l’AOC Minervois du giron de l’interprofession en fin d’année 2020, la menace d’une scission d’ampleur prend plus de consistance chaque jour qui s’écoule depuis cette élection controversée.

Lorsque Miren de Lorgeril a été élue présidente il y a trois ans, dans le cadre de la rotation entre le collège de la production et celui des metteurs en marché, il était acté qu’en juillet 2021, la présidence reviendrait au représentant du collège de la production. C’est donc chose faite avec le choix de Christophe Bousquet, propriétaire du château Pech Redon, dans La Clape. 

Mais, en amont de cette élection, une divergence de fond entre production et négoce a mis le feu aux poudres, et l’on sent déjà que la réconciliation des parties s’annonce rude, sinon impossible, tant les plus mesurés n’hésitent pas à parler de “déclaration de guerre”, faite par le négoce à l’égard de la production. Au point que les AOC Corbières, Fitou, Faugères et Malepère envisagent à leur tour d’imiter le Minervois dans un retrait de l’interprofession. Mais qui joue quoi dans cette partition qui vire à présent vers un grand charivari aux relents explosifs ?

Par souci de parité entre négoce et production, l’assemblée générale du CIVL est composée d’un côté de 57 délégués désignés par les organismes représentatifs de la production (syndicats de défense des appellations), 38 issus des AOC et 19 des IGP Sud de France. En parallèle, 57 autres délégués représentent les entreprises de mise en marché, essentiellement le négoce.

Accord historique remis en cause

Mais, dans une particularité toute languedocienne, les producteurs metteurs en marché direct (qui commercialisent eux-mêmes plus de
50 % de leur production) siègent dans ce collège des metteurs en marché. “C’est un accord politique conclu il y a 23 ans, déjà à la suite d’un conflit entre production et négoce. Mais les représentants avaient su se mettre autour de la table pour trouver une issue afin d’intégrer toutes les parties dans le processus décisionnel de l’interprofession. Pour rappel, ces producteurs metteurs en marché direct représentent les premiers cotisants en volume, car ils payent côté production et côté mise en marché”, développe Jean-Marie Fabre, président de la fédération de ces producteurs metteurs en marché direct.

Dans le processus électif du CIVL, 38 membres composent ensuite le conseil d’administration, qui élit le président et les membres de son bureau. 19 administrateurs composent le collège des metteurs en marché et 19 celui de la production.

C’est dans le choix des administrateurs du collège des metteurs en marché que la graine de toutes les colères a pris racine, les producteurs mettant en cause “une attitude irresponsable” de la part de l’UEVM (Union des entreprises viticoles méditerranéennes), syndicat des entreprises de négoce.

Des poids lourds se retirent

“L’UEVM a, de manière unilatérale, décidé de remettre en cause cet accord historique en évinçant purement et simplement les metteurs en marché direct de son collège d’administrateurs. Si bien que nous n’avons même pas reçu les convocations à l’AG. C’est une logique de coup d’État que nous n’acceptons pas”, indique Nathalie Caumette, présidente de l’ODG Faugères, qui siégeait jusqu’à présent comme metteur en marché direct.

Face à ce coup de force, Olivier Verdale, président de l’ODG Corbières, qui se présentait à la présidence du CIVL face à Christophe Bousquet, a préféré se retirer de l’assemblée générale et ne pas participer à l’élection dans ces conditions. Les représentants des ODG Faugères, Fitou et Malepère lui ont emboîté le pas. Christophe Bousquet a été élu dans ces conditions.

Ces appellations ont immédiatement enclenché un processus de sortie de l’interprofession, à valider en assemblées générales respectives. Ce retrait ne serait acté qu’en fin d’année 2023.

Côté UEVM, Gilles Gally, son président, met en avant “le strict respect des textes régissant l’interprofession. Nous avons demandé aux metteurs en marché direct de désigner des administrateurs ayant le statut de commerçant, via un code APE valide. Ils ne l’ont pas fait et nous avons intégré d’autres producteurs à la place, coopératives et négociants. C’est la seule interprofession de France qui ne respecte pas cette règle”.

Les metteurs en marché direct n’hésitent pas à qualifier cette attitude de manque de respect, de trahison, voire d’insulte, et demandent à ce qu’une enquête chiffrée indiquant la place réelle du négoce en région soit conduite par le CIVL. Plus qu’un feuilleton de l’été, c’est une série de plusieurs saisons qui paraît s’être engagée. Alors qu’il vient de présenter le mois dernier sa nouvelle identité pour avancer “tous ensemble”, la représentativité du CIVL apparaît fortement remise en question.

Olivier Bazalge


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