Ail : les 'Synergies' pour contre-attaquer la fusariose

Publié le 01 septembre 2021

Le projet 'Synergies' réunit le CTIFL, l'Acta et les instituts techniques agricoles pour travailler sur la gestion des maladies telluriques provoquées par Fusarium spp. © DR

Des pertes dues aux fusarioses lors du stockage, observées depuis des années, sur les caïeux, sont d'autant plus difficiles à appréhender qu'il n'existe pas de traitement phytosanitaire spécifique en France. Le projet 'Synergies', encore en cours, creuse les leviers agroécologiques pour contrôler le pathogène.

Lors des visites d'essais menés sur cultures hors-sol, sous abri et plein champ au CTFIL de Balandran (30), le projet 'Synergies' conduit sur l'ail s'intéresse, depuis 2019, à la maîtrise de la fusariose, dont la fréquence et l'intensité des attaques peuvent toucher "jusqu'à 70 % de la récolte, même si la sévérité de la maladie est assez variable d'une variété et d'une exploitation à une autre", note le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes. Pour parvenir à limiter et contrôler les dégâts du pathogène Fusarium proliferatum sur les caïeux pendant la conservation, les essais se basent sur des tests de réceptivité des sols à différentes doses d'inoculum fongique afin de trouver des indicateurs précoces de la fusariose, responsable du pourrissement des bulbes. D'autre part, la recherche se porte sur la combinaison de différents leviers agroécologiques tels que le compost et un produit de biocontrôle. 

Tests de réceptivité

Toujours en cours, l'observation a pour objectif d'observer les pourritures racinaires, la biomasse, la matière sèche et le diamètre du fût à la base, entre autres. L'essai devra établir le lien entre ces indicateurs et la fréquence, ainsi que l'intensité des attaques sur caïeux. 

Le dispositif est conduit selon cinq modalités, sur la variété Edenrose (type Rose de Lautrec). Sur un sol prélevé en parcelle bio, désinfecté et non inoculé, puis sur trois modalités inoculées avec Fusarium poliferatum. L'inoculum est préparé sous forme de graines d'orge (biologiques, non traitées) et incorporées dans le substrat avant plantation. La modalité 3 (M3) est à 5 grammes d'orge inoculés par litre de mélange, la M4 à 10 g/l et la M5 à 20 g/l. L'essai s'est fait sous tunnel plastique froid, en pots plastiques de 10 l, sur cinq rangs, avec cinq répétitions par modalité, après inoculation du substrat en janvier 2020. Trois caïeux ont été plantés par pot, arrosés au goutte-à-goutte. "La recherche des indicateurs s'est opérée à deux stades", à savoir, au stade 3-4 feuilles et 8-9 feuilles, indique l'ingénieure en maraîchage bio, Juliette Pellat. 

Des résultats à affiner jusqu'en 2022

Parmi les paramètres pris en compte après l'essai, le diamètre du fût à la base ("de la tige entre le sol et la feuille") et les nécroses racinaires ont été observés. Un tronçon du fût a été analysé pour évaluer la présence de F. proliferatum au CTIFL de Lanxade, ainsi qu'une pesée de la plante après 48-72 h à l'étuve (70 °C). 

Le dispositif expérimental a révélé "une augmentation des nécroses en fonction de l'inoculum jusqu'à la récolte", constate la responsable de filières ail, poivron, aubergine et courgette. A priori, la fusariose n'aurait pas d'impact sur le poids des bulbes, mais la configuration en pots implique un rendement faible, car "ils sont plantés plus serrés, ce qui freine le développement des caïeux".

D'après les résultats de 2020, "la modalité la plus inoculée présente le plus de nécroses, ce qui est logique", note Juliette Pellat. Mais ce qui l'est moins, c'est la présence de faibles symptômes sur la modalité non inoculée. Est-ce en raison de la compétition entre la souche inoculée et une souche où la maladie est naturellement présente dans la plante ? La question se pose encore. De même que sur sol désinfecté et non inoculé, la présence de fusariose surprend. La contamination par l'air serait une éventualité. 

Des leviers de protection agroécologiques en cours

Les contrôles agroécologiques sont aussi à l'étude. Si l'ail est une plante relativement résistante, elle n'est pas exempte d'assauts de bio-agresseurs. Ainsi, le projet 'Synergies' prévoit un suivi de deux différents composts de déchets verts et d'un produit de biocontrôle mélangés au substrat, avec, en ligne de mire, le maintien de la productivité et la régulation la plus efficace de la fusariose. 

établi selon cinq modalités, l'essai, dont les résultats sont encore en cours, a démarré à peine plus tard qu'en 2020. Après un premier traitement au Blindar (produit de biocontrôle d'Isagro, homologué en traitement du sol des cultures légumières contre les Pythiacées), le 22 janvier, et une plantation des caïeux d'ail (Edenrose) avec inoculation, le 2 février, les lâchers d'auxiliaires contre les acariens ont débuté le 9 mars. "Cela a bien fonctionné", relève Juliette Pellat. Les caïeux prélevés ont été analysés à Lyon, "pour suivre la conservation des plants et l'évolution visuelle des symptômes". 

D'après les premières observations, la modalité M4, une association du compost H (Mazor® de Germiflor®) et de Blindar, serait celle qui s'en sortirait le mieux. Après la récolte et la phase de conservation, les résultats sont attendus en fin d'année. 

Philippe Douteau 


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