ADA Occitanie : demain, quel sort pour l’apiculture en Occitanie ?

Publié le 11 décembre 2019

Au rythme des pics de chaleur, des avances de végétation et des risques de gels tardifs, les fenêtres d’intervention des abeilles pour faire leurs miellées se réduisent inéluctablement.

A l’heure où les aléas climatiques se multiplient et s’ajoutent au réchauffement avéré du climat, l’ADA Occitanie a souhaité orienter son séminaire annuel sur l’avenir de l’apiculture, et donc sur les enjeux et facteurs d’évolution économique et technique, auxquels vont être confrontés les apiculteurs d’Occitanie.

Les exploitants apicoles ont pu constater, au fil des années, que leur pratique est fortement impactée par l’évolution de l’environnement et du climat. S’il y a un mot d’ordre qui se dégage pour définir le fonctionnement apicole dans les années à venir, c’est bien l’adaptation. Dans ce contexte, les interrogations sur “l’apiculture de demain” se placent au centre des préoccupations des exploitants sur le terrain. L’ADA Occitanie (Association pour le développement de l’apiculture) a donc placé la 18e édition de son séminaire annuel sous le sceau de la compréhension de ces enjeux d’avenir, pour donner à ses adhérents les outils d’adaptation aux contraintes nouvelles avec lesquelles ils devront composer. C’est encore une fois le site de Terra Vinea, à Portel-des-Corbières (11), qui a accueilli les nombreux participants à ce séminaire.

28 000 tonnes de miel en France en 2018

Seul intervenant du séminaire à ne pas aborder un sujet technique relatif à la production, Jacques Combes, du cabinet Protéis, a livré un exposé décrivant les évolutions récentes du marché du miel en France, en Europe, et à l’échelle mondiale. En se basant sur les chiffres d’enquête de FranceAgriMer, mais aussi les données fournies par les douanes, l’Insee, Eurostat ou l’Agreste, Jacques Combes indique qu’après deux récoltes faibles en 2016 et 2017, celle de 2018 est repartie à la hausse pour atteindre 28 000 tonnes en France. “Attention, ce ne sont pas 28 000 tonnes commercialisées. Nous avons en effet en France une quantité non négligeable de miel produit par des petits faiseurs, de dons, ou de consommation personnelle qui sortent du réseau commercial classique mesurable. Si bien que c’est 23 % de la récolte qui n’est pas commercialisée”, précise Jacques Combes. Il faut donc considérer que ce sont “seulement” 21 000 tonnes de la récolte 2018 qui sont retrouvées dans les circuits de commercialisation.

Entre 2015 et 2018, il a également constaté une “septentrionalisation” de la production française de miel et gelée royale. “La récolte nationale est en train de migrer vers le nord du pays. De 50 % en 2015, la production méridionale est descendue à 40 % en 2018”, précise-t-il. “Par ailleurs, une caractéristique de la filière apicole française réside aussi dans l’importance de la vente directe. C’est la filière qui vend le plus de cette manière-là”, reprend Jacques Combes. Cette proportion décroît cependant avec la taille de l’exploitation apicole, contrainte de s’éloigner de ce circuit de commercialisation direct plus sa taille augmente.

Augmentation des stocks

Mais la saturation en miel du marché reste le sujet qui prête le plus à inquiétude pour l’intervenant. Il constate ainsi que l’année 2018, avec 53 000 ton-nes, est quasiment revenue au niveau du pic de disponibilité de 54 000 ton-nes enregistrées en 2015. “Ce chiffre, qui regroupe la quantité de miel disponible sur le marché français, en tenant compte des importations, laisse imaginer que des stocks conséquents de miel sont en train de se constituer”, décrypte Jacques Combes. D’autant que, dans le même temps, la consommation française n’a pas augmenté, avec même un léger recul en 2018. “Nous observons que même si les ventes directes augmentent, ainsi que dans les magasins spécialisés, les hard-discount et les drive, elles diminuent dans la grande distribution (GD) et les grandes et moyennes surfaces (GMS). Couplé au pic de disponibilité, on se demande bien où part tout le miel invendu. C’est pour cela que l’on soupçonne cette augmentation des stocks de miel à la production. Il semblerait même que ce constat s’applique à l’ensemble de l’Union européenne”, reprend encore Jacques Combes.

Olivier Bazalge

 


Eric Lelong (à g.), président d’InterApi, Virginie Fabre, directrice de l’ADA Occitanie et Philippe Huau (à d.), administrateur de l’ADA Occitanie ont proposé aux participants du séminaire une vision sur les enjeux d’avenir de la filière apicole.

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