Abricot : une saison “atypique“, assurément

Publié le 01 septembre 2021

La production 2021 affiche des niveaux exceptionnellement bas en Europe, avec 343 000 t (- 40 % sur les 5 dernières années) et historiquement faible en France depuis 30 ans, avec 47 000 t (- 64 %). © DR

Le gel est, certes, passé par là, mais pas seulement. Entre les rendements en chute, voire catastrophiques, l’entrée en campagne bousculée par la concurrence espagnole et le manque de stocks, comment la campagne, sur sa fin, a permis au marché de se stabiliser ? Réponses avec l’AOP pêches et abricots de France, lors de la matinée ‘abricot’ à SudExpé, le 24 août.

La faute à une météorologie défavorable dans de nombreuses régions, la campagne abricot 2021 a aussi dû affronter un contexte économique peu propice à un regain majeur de consommation. Comme l'a souligné Raphaël Martinez, directeur de l'AOP pêches et abricots de France, “on n'est pas totalement sorti de la crise du Covid“, pour expliquer une saison perturbée à plusieurs titres. 

Avec seulement 343 000 t prévues cette année à l'échelle européenne par Europêch' et Agreste, cumulant les productions espagnoles (87 000 t), italienne (154 000 t), grecque (55 000 t) et française (47000 t), la récolte s'annonçait déjà déficitaire par rapport à la précédente, malgré des disparités par bassin. Déterminée à dépasser les démarrages chaotiques sur le marché français, face à une redoutable concurrence espagnole, la filière de l'abricot français se doit de “toujours réussir son début de saison“, estime Raphaël Martinez. Pour cela, il faudra relever le niveau gustatif pour satisfaire le consommateur. Ce qui n'a pas empêché de retrouver un marché équilibré, venu compenser les pertes dues au gel. 

Chamboulements à tous les rayons 

En dépit des résultats très disparates selon les secteurs et les dégâts plus ou moins marqués du gel sur les vergers, cette saison 2021 a tout de même pu permettre d'obtenir “des résultats d'exploitation positifs, malgré des pertes de plus de 30 %“, selon Raphaël Martinez. Pour ainsi dire, certains producteurs ont réussi à “sauver les meubles grâce à des prix élevés“. 

Mais, cela n'aura échappé à personne, les gelées d'avril ont inégalement marqué les vergers. Le Roussillon serait déficitaire d'environ 20 %, le Gard, la Crau et le Vaucluse pencheraient vers du - 30 %, “sauvés“ par les efforts de protection, quand le Rhône-Alpes a chèrement payé son tribut, avec une quatrième année consécutive déficitaire. Si certains arboriculteurs ont pu sauver quelques hectares, nombreux sont ceux qui ont enregistré des pertes entre 80 et 90 %. 

Difficile, donc, d'entamer une saison sereine. D'autant que “le début de saison, fin mai, est toujours compliqué“, confirme le directeur de l'Association des organisations de producteurs (AOP) pêches et abricots de France. “C'est mieux en juin, jusqu'à fin juin“, après deux semaines hasardeuses. Quant aux problèmes gustatifs de début de saison, l'AOP s'y attèle, notamment avec le plan 'qualité abricot', avec le CTIFL, pour relancer le potentiel du fruit et le marché de l'export, à partir d'un indicateur IQA1. Quoiqu'il en soit, les défaillances gustatives persistent depuis trop d'années, en dépit de la fluctuation des prix. “Beaucoup d'arbres ont été plantés avec des erreurs techniques en 2010“, explique Raphaël Martinez qui encourage à poursuivre le travail “pour assurer des niveaux de prix élevés“.

Fluidité du marché et pics de prix 

En raison d'une production réduite de moitié, le marché a retrouvé une certaine fluidité. Ce retour à un “équilibre“ s'explique en partie par une absence de stocks “toute la saison, même en période de bergeron (variété de référence, ndlr)“, note Raphaël Martinez, venant compenser les faibles rendements suite au gel printanier. En saison tardive, les ventes ont été supérieures aux apports (provenant des organisations de producteurs et des indépendants, soit deux tiers de la production française), ce qui a entraîné un marché “très demandeur depuis mi juillet“.  

Les prix expédition, “assez spectaculaires“, ont navigué entre 2,5 et 3 €/kg sur les abricots orangés, rouges, et tardifs de catégorie 1, calibre 2A. “En 2018 et 2019, même s'il y a eu des incidents climatiques, on était en dessous de 2 €/kg, voire entre 1,60 et 2 €/kg, soit 1 €/kg de plus entre 2019 et 2021. Idem pour les pêches“, indique Raphaël Martinez. Le bergeron a aussi connu une flambée, avec des volumes très faibles, de 2,5 à 2,70 ou 2,80 €/kg, là où des prix de 1,70 à 1,80 €/kg étaient précédemment pratiqués, voire même entre 1,20 et 1,30 /kg en 2017. 

Forcément, cette hausse s'est fait sentir sur le prix de vente au détail pour le consommateur (calibre 2A, catégorie 1). Élevés, ils ont varié de 3,5 à 4 €/kg en moyenne, “légèrement supérieurs à 2020, bien que la saison ne soit pas encore terminée“, précise Raphaël Martinez. 

En conséquence, rien ne conduit à établir une synthèse nette et claire de cette campagne “injuste, notamment pour Rhône-Alpes“ en raison des pertes de rendements inégales, et de volumes en berne. Il conviendra, selon Raphaël Martinez, “d'adapter le verger pour s'adapter au changement climatique“, et investir dans les moyens de protection des vergers, notamment avec la paraffine. “Il risque d'y avoir une tension sur ce marché“, prévient-il. L'année n'a pas été “frustrante“ que pour les abricots. L'ensemble des fruits et légumes d'été ont été concernés par le mauvais tour météo, tels que le melon, la tomate ou encore, pour la première fois, le concombre.

Philippe Douteau

(1) Indiquateur qualité abricot.


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