Abattoir de Quillan : de vraies difficultés à prévoir si la situation dure

Publié le 31 mars 2020

Les prévisions d’abattage ont un peu diminué pour certains éleveurs travaillant en vente directe, avec une chute annoncée de la fréquentation des clients.

À l’abattoir de Quillan (Aude), qui sort d’une période tourmentée, ayant failli conduire à sa fermeture ces derniers mois, les règles de confinement liées au Covid-19 ont certes fortement perturbé l’organisation de ses missions, mais l’activité d’abattage continue.

“Pour l’instant, seule notre responsable qualité, qui doit garder son enfant, a été contrainte de s’arrêter. Le travail administratif est transféré à domicile, et les trois personnes en place dans les halls d’abattage sont à des postes de travail suffisamment éloignés pour respecter les règles de distanciation. Ils prennent chacun leur pause en différé, et vont à l’extérieur, pour ne pas se retrouver en même temps dans des endroits confinés”, explique depuis son domicile Sandrine Campillo, co-gérante de l’abattoir et éleveuse de bovins à Nébias.

De chez elle, Sandrine Campillo va assurer la permanence téléphonique et administrative, ainsi que la direction opérationnelle, pour la première quinzaine de confinement. “Pour l’instant, j’arrive à concilier l’élevage et la gestion de l’abattoir, mais ce sera très compliqué de maintenir ça dans la durée. Je consacre deux heures le matin et le soir pour alimenter le troupeau, et pour ne pas tout laisser à mon mari”, poursuit-elle. En outre, l’absence de la responsable qualité fait peser à terme des incertitudes sur le maintien de l’activité au-delà des quinze jours de quarantaine. Les analyses de carcasses ont, pour l’heure, été déléguées au personnel présent, mais ce point fait partie des sujets critiques évoqués pour justifier de l’arrêt de l’abattoir en fin d’année 2019. “Des mesures ont été prises pour accueillir les enfants des personnels médicaux, mais nous sommes également un service essentiel et vital pour nourrir la population. Nous aimerions donc pouvoir bénéficier également d’une telle mesure pour ne pas mettre en péril notre fonctionnement”, reprend-elle.

Tonnage essentiel pour la pérennité financière

Les prévisions d’abattage ont un peu diminué pour certains éleveurs travaillant en vente directe, avec une chute annoncée de la fréquentation des clients. “Mais quelques-uns ont reçu des demandes de clients en prévision des difficultés à se déplacer et maintiennent les volumes. D’autant que nous arrivons dans notre période de pointe pour l’abattage des agneaux pour Pâques”, poursuit Sandrine Campillo. Il ne faudrait pas toutefois que le tonnage baisse drastiquement, car la pérennité de l’abattoir est intimement dépendante de celui-ci. L’ensemble des acteurs s’était mobilisé en fin d’année autour de cette question essentielle de garantie du tonnage d’abattage, “et nous ne pouvons pas nous permettre financièrement de descendre en dessous des 450 tonnes de carcasses sur l’année. Nous avons réussi par le passé, mais au prix d’énormes difficultés qui ne pourront pas se reproduire”, s’inquiète-t-elle.

Sur un plan strictement logistique, les procédures de respect des barrières sanitaires sont respectées pour ne pas disséminer le virus. Aucun public autre que le personnel ne peut rentrer dans les bureaux, et tous les éleveurs doivent s’appliquer du gel de solution hydro-alcoolique à leur arrivée, avant de décharger leurs animaux. Cependant, la continuité du suivi vétérinaire reste une épée de Damoclès sur le fonctionnement du site d’abattage. Deux vétérinaires basés à Quillan assurent en alternance les contrôles ante mortem et post mortem, et un agent du service vétérinaire est en place toute la journée à l’abattoir. Si l’un d’entre eux devait faire défection pour cause médicale ou autre, l’abattage serait impossible. “Si cela devait arriver un jour, il est impératif que nous le sachions avant 11 h, quand les brebis sont toutes déchargées. Si les animaux étaient déchargés sans pouvoir être abattus dans la foulée, nous serions confrontés à un énorme problème d’organisation”, s’inquiète Sandrine Campillo. 

Olivier Bazalge


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