Abattoir d’Alès : remises aux normes exigées

Publié le 16 août 2022

Inflation, surcoût des travaux additionnels dans les bâtiments, budget de remise aux normes à la hausse, l’abattoir d’Alès est en sursis. Le numéro d’agrément est prolongé jusqu’à début octobre (© Alès Agglomération).

Relancé en novembre dernier, par la constitution d’une Société d’économie mixte, l’abattoir d’Alès est menacé. Indispensable à toute une filière, l’outil voit le renouvellement de son agrément suspendu à des remises aux normes plus coûteuses que prévu.

Tout semblait bien reparti pour l’abattoir d’Alès. Le 26 novembre dernier, l’assemblée constitutive de la Société d’économie mixte des abattoirs d’Alès Cévennes (Semaac), réunissant les collectivités et la filière élevage du département, prévoyait l’exploitation de la structure concomitante avec la remise aux normes des locaux. Si l’abattoir a repris du service, son avenir pourrait toutefois être menacé en raison de la flambée des coûts d’investissements, nécessaires à la prolongation de l’agrément, fixée au 4 octobre. Entre le montant des travaux revu à la hausse et les demandes de la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) à satisfaire, les éleveurs et syndicats impliqués dans le renouveau de l’abattoir en appellent aux élus locaux et au soutien des collectivités pour que cet outil indispensable à la survie d’une filière et au maintien du circuit court dans le Gard puisse se maintenir. 

Opération sauvetage 

Il y avait urgence. En délicatesse depuis 2015, victime d’une campagne d’images défavorables tournées par l’association L214, l’abattoir avait vu ses niveaux de production diminuer, de 5 200 t de viande en 2014 à 2 600 t en 2018, avant de redresser la barre. Dès l’année suivante, la mairie d’Alès avait sollicité des cabinets d’études et d’audits pour trouver un nouveau mode de fonctionnement et de gestion viable. En optant pour une SEM, sur la base d’un capital de 600 000 €, la Ville, Alès Agglomération, le Pays des Cévennes et les partenaires usagers (éleveurs, grossistes, bouchers) envisageaient de mettre un terme à une période plombée par les déficits, aussi bien économiques que d’image. La Chambre d’agriculture, Bienvenue à la ferme et le Syndicat bovin du Gard avaient alors symboliquement contribué au capital constitutif de la société, réunissant acteurs privés (49 %) et collectivités (51 %).

Estimés à plus de 6,5 M€, les travaux de rénovation et de remise aux normes incluaient notamment la remise au propre de la partie abattage, pour 4 M€, et de près de 2 M€ pour un futur pôle ‘viande’, géré par la SEM, avec deux ateliers prévus pour la découpe et la transformation, dont une ligne de fabrication de steaks hachés afin de valoriser les carcasses. Or, huit mois plus tard, une révision des remises aux normes a fait flamber l’addition initialement prévue, menaçant l’avenir et la survie, à terme, de l’abattoir. 

Budget dépassé 

Président du réseau BAF Gard et du Mas des agriculteurs, Patrick Viala n’a de cesse de plaider pour l’abattoir d’Alès dont dépend toute une économie locale, favorable au circuit court, sans compter la survie de la filière, des éleveurs aux bouchers locaux. Entre les recommandations de l’architecte maître d’œuvre, l’audit de l’agence Adive et l’inflation, le budget de départ a été revu considérablement à la hausse. Au grand dam des parties prenantes de la Semaac. “Cela avait été budgétisé, mais entre la hausse des prix des matériaux et les surcoûts de remise aux normes, tout peut s’arrêter si une planification de financement des travaux n’est pas établie”, alerte Patrick Viala.

“Le budget a un peu explosé”, confirme Patrick Gravil, président du Syndicat bovin du Gard. Outre les demandes de la DDPP au sein des bâtiments, c’est surtout au niveau des équipements (frigos, écoulements) et de modernisation de l’abattoir, investissements portés par la SPL (Société publique locale) Alès Cévennes, chargée des travaux, que la note s’alourdit, d’environ “5 M€ supplémentaires”, estime le vice-président de la Semaac, structure gestionnaire de l’abattoir, présidée par le maire d’Alès, Max Roustan. “La Semaac peut faire tourner l’abattoir, mais sans soutien des collectivités, il sera fermé, car la mairie ne peut pas supporter seule les investissements.”  

Appel à la responsabilité politique 

Outil indispensable pour l’élevage gardois et alentours, l’abattoir est également une source d’approvisionnement pour le Mas des agriculteurs, à Nîmes. “Son succès est indissociable de l’abattoir. 75 % de la viande, bovine et ovine, de la boucherie provient d’Alès. L’abattoir accueille aussi des éleveurs de Lozère”, indique Patrick Viala. 

Aussi, face à cet enjeu territorial à fort écho agricole, les forces en présence en appellent aux élus afin d’obtenir une rallonge nécessaire à la pérennité du site. D’autant que, selon Patrick Gravil, “3 M€ pourraient peut-être suffire”. Alors que le maire d’Alès et Alès Agglo ont œuvré pendant des années à remettre l’abattoir sur les rails, “il serait intéressant que les Communautés de communes aient une ligne budgétaire de solidarité”, souhaite Patrick Viala. “D’autant que les éleveurs ne se limitent pas à une seule commune, en raison de leurs parcelles qui varient d’un territoire à un autre.”
Craignant que le modèle du circuit court en place ne disparaisse avec un tel abattoir de proximité, sans parler des conditions de transport des bêtes en jeu, qui risqueraient de mettre à mal les engagements de respect du bien-être animal par un rallongement des distances parcourues, le président de Bienvenue à la ferme du Gard en appelle aux présidents d’intercommunalités. “Les responsables politiques ne peuvent peut-être pas faire grand chose contre la sécheresse qui touche l’élevage, mais ceux qui disposent de l’argent public, et du robinet des subventions, doivent prendre leur responsabilité”, plaide-t-il. 

Le temps presse 

Une rencontre avec un élu, le député Nupes de la 5e circonscription, Michel Sala, mardi 9 août, avec des éleveurs du Piémont cévenol, est une première étape dans l’opération de reconquête des défenseurs de l’abattoir. Si les collectivités locales déjà engagées ne pourront pas “mettre un centime de plus”, d’après Patrick Gravil, après un premier apport de l’État (1,2 M€), la Région et le Département, un courrier a été envoyé aux EPCI (Établissements publics de coopération intercommunale) pour re-mobiliser les participations. “Il y a un important niveau agricole à préserver, car l’entretien des territoires sur des zones fragiles ne pourra pas être maintenu par une autre agriculture que l’élevage”, insiste le président du Syndicat bovin du Gard.

À l’heure où les PAT (Projets alimentaires territoriaux) sont encouragés dans les métropoles pour relocaliser l’agriculture et l’alimentation, et relancer les installations, les éleveurs dépendant de l’abattoir ne sauraient se résigner à la disparition d’un tel rouage essentiel à la filière, et drainant toute une économie. “Comment construire un plan local sans un outil local??”, s’interroge Patrick Gravil, qui regrette que le Crédit agricole n’ait pas voulu suivre la Semaac et les éleveurs, avant tout agriculteurs, dans le projet de financement. 

La date du 15 septembre résonne comme un ultimatum, lorsque le plan de financement devra être présenté, pour que le numéro d’agrément soit renouvelé le 4 octobre.  

Philippe Douteau


Gard