À quoi peut s’attendre l’agriculture héraultaise en 2021 ?

Publié le 12 janvier 2021

Jérôme Despey : “Nous n’avons donc pas eu d’agriculteurs qui ont jeté l’éponge, car nous nous sommes organisés à tous les échelons pour maintenir coûte que coûte l’activité agricole dans notre département.” © F. Guilhem

Après une année 2020 sous pression avec la crise sanitaire liée au coronavirus, les incertitudes planant sur la suite des événements vont-elles fragiliser l’agriculture héraultaise ? Le point avec Jérôme Despey, président de la Chambre d’agriculture de l’Hérault.

Quel bilan peut-il être tiré de l’année 2020 ?

Jérôme Despey : "L’année 2020 a été très particulière en raison de la crise sanitaire que nous subissons. On s’était souhaité, en début d’année un bon 20-20, avec un excellent millésime pour l’ensemble des filières, après une année 2019 où nous avions été fortement impactés par les aléas climatiques. Malheureusement, nous avons été rattrapés par cette crise, particulièrement les filières viticole, horticole et conchylicole, qui ont payé un lourd tribut du fait des confinements, des couvre-feux, de la fermeture du réseau CHR, ainsi que de celle des frontières. Cette dernière a beaucoup inquiété la filière maraîchère alors que débutaient les récoltes dans les champs. De même, la fermeture des marchés de plein vent, au début du confinement, a été un sacré coup dur pour elle. Mais cette filière s’est heureusement rapidement organisée pour faire face à ces contraintes."

Du fait de la crise, y a-t-il eu beaucoup d’exploitations agricoles héraultaises qui ont mis la clé sous la porte ?

J.D. : "Grâce aux différents plans de soutien − national, régional et départemental −, les exploitations ont pu faire face à la crise en 2020. Nous n’avons donc pas eu d’agriculteurs qui ont jeté l’éponge, car nous nous sommes organisés à tous les échelons pour maintenir coûte que coûte l’activité agricole dans notre département. En revanche, pour cette nouvelle année, on est un peu dans l’expectative, car on ne sait pas si le virus va continuer à se développer. Nous fondons beaucoup d’espoir sur le vaccin, mais de nombreuses zones d’ombre perdurent. Ce qui va être également déterminant pour nous, c’est la réouverture de la restauration hors domicile (RHD), car les pertes des volumes écoulés, à hauteur de 30 % pour la viticulture, n’ont pas été rattrapées. Certes, la distillation de crise et le stockage privé, ainsi que les mesures prises pour les autres filières, ont permis de résister, mais la situation des marchés reste dégradée. Si cette situation perdure, il va falloir nous mobiliser pour trouver des solutions, afin que personne ne soit laissé au bord de la route, particulièrement les jeunes qui sont plus exposés, car ils sont en début d’installation."

Quel a été concrètement le rôle de la Chambre d’agriculture dans cette situation de crise ?

J.D. : "Notre rôle, en tant que Chambre d’agriculture, a été de permettre d’avoir une continuité de l’activité agricole et d’accompagner les agriculteurs qui étaient le plus en détresse. Une fois cela dit, il a fallu que l’on s’adapte très vite par rapport aux projets que nous avions. Pour ce faire, nous avons mis rapidement en place des cellules de crise et relayé les aides de soutien apportées par l’État, la Région et le Département. Encore une fois, le Département de l’Hérault a été au rendez-vous, et nous avons travaillé ensemble pour définir des dispositifs d’aide aux agriculteurs. C’est ainsi que, grâce au Département, la filière horticole et la filière élevage ont bénéficié respectivement d’une aide de 300 000 €. La conchyliculture a été accompagnée à hauteur d’un million d’euros avec des aides à la trésorerie. Quant à la viticulture, le Département a apporté un complément au dispositif national lié à la distillation de crise, en octroyant 2 €/hl pour les producteurs. Au total, avec des compléments venant de la Région, le plan Département de crise s’est élevé à plus de 3 millions d’euros. On accompagne également le plan de relance de l’État de 1,2 milliard d’euros. Par ailleurs, nous nous sommes fortement mobilisés sur les circuits de proximité, en développant les drive fermiers et en accompagnant le développement des ventes sur les exploitations agricoles. Ces dispositifs vont, bien sûr, se poursuivre en 2021, ainsi que les cellules de crise que nous avions mises en place."

Au sujet du plan de relance de l’État, comment va-t-il se décliner à l’échelle du département ?

J.D. : "Ce plan va se déployer au travers du plan agricole départemental héraultais à horizon 2030. Cela va notamment se traduire par l’accompagnement des plans de filière, en lien avec la Région, pour rechercher de la promotion, des baisses de charges, et accompagner une politique d’investissement dans le cadre de la transition agroécologique. Ainsi, dans ce cadre-là, des aides à hauteur de 40 % seront accessibles aux agriculteurs pour investir dans des matériels permettant de réduire l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. Leur mise en place est effective depuis le 4 janvier sur le site de FranceAgriMer, avec des plafonds de 40 000 € HT pour une exploitation à titre individuel et de 150 000 € HT pour les Cuma. Des aides seront également attribuées pour le renouvellement des équipements permettant de faire face au changement climatique telles que des matériels pour se protéger de la grêle ou pour lutter contre la sécheresse. Ces aides sont à hauteur de 30 %, majorées de 10 % pour les jeunes agriculteurs et les Cuma. La téléprocédure pour ces aides a été ouverte le 4 janvier.

Toujours dans le cadre du plan de relance de l’État, un soutien sera apporté dans le déploiement des certifications telles que la Haute valeur environnementale (HVE) et l’agriculture biologique (AB). On a obtenu, dans le cadre du projet de loi de finances, un crédit d’impôt de 2 500 € pour la HVE et de 3 500 € pour l’AB, dans la limite d’un plafond global de 5 000 € par exploitant. Un autre volet porte sur la biodiversité, avec la plantation de haies, et un autre sur les circuits courts avec le déploiement de l’approvisionnement de la restauration collective. Pour résumer, 2021 sera axée sur la mise en œuvre du plan de relance national, mais aussi sur la déclinaison du plan agricole départemental héraultais, qui a pris du retard compte tenu du contexte de crise sanitaire."

Pouvez-vous nous en dire plus sur les prochaines étapes du plan agricole départemental héraultais à l’horizon 2030 ?

J.D. : "Nous travaillons sur les deux grands axes que sont le renouvellement des générations et la gestion du foncier. Nous faisons donc actuellement le tour des intercommunalités, qui sont en train de définir leurs Schémas de cohérence territoriale (Scot) et leurs Plans locaux d’urbanisme (PLU), pour élaborer avec elles des plans de co-construction afin de préserver les espaces agricoles. Plutôt que l’agriculture s’oppose aux Scot et aux PLU face à l’artificialisation des terres, on essaie de définir ensemble une vision partagée du territoire où l’agriculture conserve toute sa place.

Ce qui va aussi guider notre politique est le sujet lié au changement climatique. C’est même un sujet prioritaire. Même si l’année 2020 a été moins impactée par les aléas climatiques que les années antérieures, on ne va pas baisser la garde. Ainsi, avec le Département et la Région, nous travaillons sur des solutions pour apporter de l’eau là où elle n’est pas. Concrètement, le travail porte sur l’extension des réseaux existants, sur la mise en place de retenues hivernales, et, avec les intercommunalités, sur le traitement des eaux usées. 

Un autre enjeu, renforcé par ce qui s’est passé durant les confinements, à savoir l’évolution des pratiques des consommateurs sur le plan alimentaire, est de continuer le développement des circuits de proximité, via celui des marchés de producteurs de pays et la pérennisation des drive fermiers. On veut capitaliser là-dessus.

2021 verra l’écriture de la charte stratégique qui déclinera le plan agricole départemental à horizon 2030 et la concrétisation d’une action, en partenariat avec le site de veille hydrométéorologique et de gestion des risques naturels, Predict, permettant d’envoyer des alertes SMS aux agriculteurs en cas de risques climatiques et des préconisations techniques. Cela sera mis en place au début de cette année."

Propos recueillis par Florence Guilhem


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