“50 % de glyphosate en moins” proposé par le Syndicat des vignerons de l'Aude

Publié le 15 décembre 2020

Les manifestants se sont rassemblés près de la gare de Narbonne dans l’objectif de bloquer la circulation des trains et protester contre les différences de traitement entre les filières concernant l’utilisation du glyphosate. © O. Bazalge

Alors que l’année 2021 arrive à pas forcés, le Syndicat des vignerons de l’Aude marque fermement son opposition à la sortie trop brutale du glyphosate annoncée par les autorités. En bloquant les voies ferroviaires et en s’invitant sur le site de l’INRAé Pech Rouge, l’organisation syndicale a tenu à rappeler qu’elle est prête à des concessions, pourvu que la voix des viticulteurs soit entendue.

 l'appel du Syndicat des vignerons de l'Aude, plus de 300 viticulteurs audois, accompagnés d’homologues du Gard et de l’Hérault, ont bravé les restrictions sanitaires pour se réunir devant la gare routière de Narbonne dans la matinée du 8 décembre. Comme l’avait exprimé le syndicat et son président, Frédéric Rouanet, depuis plusieurs jours, la colère des vignerons montait sur le sujet du glyphosate, en particulier concernant les arbitrages rendus par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui autorise la SNCF à poursuivre l'utilisation du glyphosate pour désherber les voies ferrées. Frédéric Rouanet a donc pris le mégaphone pour rappeler aux troupes présentes combien les arbitrages rendus pas l’Anses étaient injustes vis-à-vis de la profession vigneronne, “qui ne pourra utiliser que 450 g/ha/an de glyphosate sur 20 % de chaque parcelle, ce qui est pour nous impossible à mettre en œuvre”. Pour exprimer leur mécontentement face à ces restrictions d'utilisation qui entreront en vigueur dès 2021, et dénoncer le rôle joué par l'INRAé et l'Anses, “au mépris des réalités du terrain”, les manifestants se sont dirigés vers la gare SNCF de Narbonne pour bloquer les voies et s’opposer de manière symbolique au “deux poids, deux mesures”, qui permet à la SNCF d’utiliser le glyphosate sans restriction pour l’entretien des voies. “Cette inégalité de traitement entraîne un sentiment d’injustice que nous, vignerons, ne supportons pas”, a martelé le président de l’organisation syndicale.

Alors que les CRS protégeaient l’accès à l’intérieur de la gare et que les rideaux de fer étaient maintenus fermés, les viticulteurs ont finalement pu accéder aux voies et bloquer la circulation des trains en milieu de matinée. 

Le fonctionnement des lignes entre Toulouse et Montpellier, Barcelone et Lyon a été bloqué jusqu’en milieu de journée, paralysant par conséquent tout le trafic ferroviaire du Sud de la France.

D’accord pour baisser de 50 %

En parallèle à ce rassemblement ferroviaire, une délégation d’une trentaine de manifestants s’est rendue à l’unité expérimentale de l’INRAé à Pech Rouge. “Cet organisme de recherche est responsable de la situation actuelle, après un rapport produit en 2019 sur les mesures de restriction de l’utilisation du glyphosate”, proteste le Syndicat des vignerons de l’Aude, qui revendique quelque 4 000 adhérents dans le département.

Cette manifestation est une expression d’un ras-le-bol des vignerons, qui subissent un contexte économique défavorable avec la crise du Covid-19 en 2020, mais aussi toutes les difficultés qui se sont cumulées depuis le deuxième semestre 2019 : taxe Trump, Brexit, marché chinois, agribashing...Le syndicat indique ainsi qu’alors que toujours plus d'efforts sont demandés à la profession, aucune augmentation de leur rémunération ne vient récompenser cette démarche environnementale appliquée par la profession.

Jusqu’au dernier moment, le Syndicat des vignerons de l'Aude avait espéré pouvoir annuler cette manifestation, au regard de l'interview fleuve accordée par Emmanuel Macron au média Brut, au cours de laquelle il a laissé entrevoir une lueur d'espoir pour un accompagnement de la filière viticole, vers l'interdiction définitive, et européenne, de cette substance en 2023. Les vignerons pensaient donc avoir convaincu le président de la République de la nécessité d’une sortie du glyphosate en douceur et de manière supportable pour l'ensemble des acteurs de la filière.

Las, ces espoirs ont vite été douchés suite à un entretien, le 7 décembre, avec le cabinet du ministre de l'Agriculture, “qui se refuse à accompagner la filière et persiste à vouloir restreindre de 80 % l'utilisation du glyphosate à l'hectare, quand le président de la République préconise une première réduction de 50 % en 2021. C’est cette proposition de réduction de moitié que le Syndicat des vignerons est prêt à accepter”, tonne Frédéric Rouanet, pour lequel cette réduction de moitié (soit un total d’utilisation de 1 080 g/ha/an) est un compromis envisageable sur le terrain.

En attente de réaction

“Une proposition a également été mise sur la table par nos interlocuteurs : celle d'un crédit d'impôt de 2 500 € par exploitant déclarant ne pas utiliser de glyphosate en 2021 et 2022. Nous refusons cette proposition au motif qu'un crédit d'impôt n'est pas une aide, alors que tous les vignerons vont souscrire à la réduction de leur utilisation de glyphosate. Or, dans notre département, l’un des plus pauvres de France, très peu sont ceux qui peuvent payer des impôts, et ne bénéficieront donc pas de ce crédit”, indique encore le syndicat par communiqué.

Alors que l’échéance de l’année 2021 se rapproche à grands pas, le Syndicat des vignerons met en avant trois revendications essentielles pour avancer sur la question de l’utilisation du glyphosate en viticulture. Sur le plan de l’équité de traitement entre toutes les filières agricoles tout d’abord. “Comment peut-on accepter que d’autres filières puissent encore appliquer 1 080 g/ha alors que les pratiques, les situations d’impasses techniques et les alternatives sont partagées entre tous ?”, appuie Frédéric Rouanet.

Ensuite, l’aspect concurrentiel entre les pays voisins de l’Union européenne est mis en exergue par le président de l’organisation syndicale vigneronne. Cette distorsion de concurrence risque de dégrader la compétitivité des vins français alors que les vins étrangers ne sont pas concernés par ces restrictions d’utilisation de l’herbicide, et donc par le surcoût engendré au niveau cultural.

“Enfin, nous ne pouvons accepter ces restrictions sans pouvoir bénéficier de produits de substitution efficaces, à coût égal”, appuie encore Frédéric Rouanet. En effet, les alternatives de désherbage mécanique proposées entraînent un investissement matériel et une augmentation du temps de travail par hectare difficiles à supporter pour une exploitation moyenne du département.

à l’heure de stopper l’occupation des voies, si le leader syndical vigneron a bien pris la peine de saluer le travail des forces de l’ordre et des renseignements généraux pour que tout se déroule sans heurts, il n’a pas manqué d’indiquer que cette mise en jambes devra être suivie d’effets, sans quoi il y aura encore du mouvement. “C’était un premier avertissement que nous avons donné, si les choses ne bougent pas, ça ne pourra pas se passer de la même façon la prochaine fois”, a-t-il résumé.

Olivier Bazalge


Le syndicat est prêt à accepter une baisse de 50 % des doses de glyphosate autorisées pour pouvoir gérer la difficile transition de la viticulture sans cette molécule herbicide. © O. Bazalge

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