Tomate d'industrie : des rendements en forte baisse

Publié le 28 novembre 2018

La production française n’a atteint, cette année, que 140 000 tonnes de tomates dédiées à la transformation, contre 192 000 tonnes l’an passé.

La saison s’est achevée il y a quelques semaines pour les usines de première transformation. Avec une météo printanière exécrable, les niveaux de production ont été très en deçà de ceux constatés ces cinq dernières années. En Europe, la production marque, elle aussi, le pas. Le marché mondial peut manquer de produits concentrés.

Les premières tomates destinées à l’industrie ont été récoltées autour du 20 juillet cette année. Fin octobre, les usines de première transformation fermaient leurs portes. Au plan national, les organisations de producteurs auront livré, au total, 151?272?tonnes de tomates destinées à la transformation. Après réfactions contractuelles, 140 000 tonnes ont pu être transformées. Les contrats initiaux annonçaient, pour cette campagne, un léger retrait des surfaces par rapport à l’an dernier, soit 2 200 hectares, mais le printemps, très délicat à négocier pour les producteurs, a contrarié les prévisions de production. Les pluies de mai ont provoqué la sortie de maladies, notamment mildiou et bactériose. Un peu plus habitués à ces conditions très humides, les producteurs du bassin du Sud-Ouest ont davantage pu gérer.

Un mildiou très impactant

Dans le Sud-Est, la situation a été très compliquée pour les cultures, jusqu'à ce que la météo devienne plus favorable, rapporte Robert Giovinazzo, ingénieur responsable technique de la Sonito (Interprofession nationale de la tomate destinée à la transformation). “À cause du mildiou, nos productions les plus précoces, n’ont pas généré de rendements suffisants. Ils se sont améliorés par la suite, mais la météo a de nouveau perturbé la production. Les amplitudes thermiques ont entraîné des problèmes physiologiques, avec des pertes de fleurs et des avortements de fruits”, observe le responsable. En cours de saison, des évènements climatiques ponctuels ont aussi fait craindre le pire. Une tempête de grêle dans la Drôme, mais surtout une grosse pluie survenue le 9 août dans le Vaucluse, n’ont finalement pas eu l’impact redouté. Avec 63 tonnes produites par hectare sur la saison, alors qu’ils se situent habituellement autour de 75 à 78 t/ha, les rendements n’ont jamais été aussi bas.

L’Europe aussi touchée

Le printemps 2018 n’aura pas été seulement préjudiciable pour la production française. La production mondiale a plafonné à 34 millions de tonnes, quand elle atteint plutôt 38 millions de tonnes en moyenne. Pour les mêmes raisons qu’en France, les rendements ont fortement chuté en Europe. L’Espagne n’a produit que 2,8 millions de tonnes au lieu de ses 3,2 millions de tonnes habituelles, et l’Italie 4,6?millions de tonnes au lieu de 5,2?millions. Les tonnages ne parviendront logiquement pas à répondre à la consommation mondiale cette année, et déjà des soubresauts se font sentir sur les prix du concentré.

La tendance du bio s’accélère

Paradoxalement, dans certains secteurs de notre région, le tonnage moyen des producteurs en agriculture biologique a été plutôt correct, voire même meilleur que les rendements conventionnels pour certains. “C’est grâce aux variétés qui ont su tenir face aux maladies. Des variétés de plus en plus performantes, et notamment tolérantes au mildiou”, explique Robert Giovinazzo.

D’ailleurs, d’une manière générale, l’augmentation des surfaces en bio accélère sur la tomate dédiée à la transformation.

C’est une tendance observée, qui se confirme un peu plus chaque année. Les surfaces en bio de la région Sud-Est sont passées de 5 % à 8,5 %, et de 5 % à près de 13 % au niveau national. Ces augmentations devraient se renforcer. En Paca, mais davantage encore dans le Sud-Ouest, région qui compte, en 2018, 18 % de ses surfaces de tomate dédiées à la transformation. C’est une volonté des industriels d’aller vers de la tomate bio, ou avec le moins d’intrants possibles.

Les industriels de seconde transformation et les distributeurs sont aussi de plus en plus demandeurs de produits orientés sur le local et le terroir, des notions sur lesquelles la filière française communique aujourd’hui largement, avec le logo ‘Fruits et Légumes de France’. La Sonito continue, par ailleurs, de mener des travaux pour permettre à l’offre française de toujours mieux se positionner par rapport au marché. Et aujourd’hui, la production française se veut avant tout performante dans “l'élaboration de produits de basse concentration, prêts à l’emploi (pour pizza par exemple). Les notions de viscosité, de consistance et de couleur du produit sont donc très importantes. C’est un marché en croissance, et pour lequel la qualité et l’origine du produit sont le mieux valorisables”, explique le responsable technique de la Sonito.

Emmanuel Delarue

 

 


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