Sharka : David Massot déménage ses vergers

Publié le 05 octobre 2018

David Massot a choisi de déménager une partie de ses vergers vers une zone indemne de la sharka, où il peut mieux contrôler l’arrivée de la maladie. ©YK

Comme quelques-uns de ses confrères arboriculteurs dans les Pyrénées-Orientales, David Massot a pris la décision de délocaliser une partie de ses vergers. Pas de délocalisation à l’étranger, mais dans le département, un peu à l’écart du bassin historique de production de pêches et nectarines, la va

Quand il s’est installé pourtant en 2003 après son BPREA, il n’avait pas forcément imaginé avoir à déménager son outil de production. “Après mon installation, j’ai racheté une exploitation en 2005, pour ajouter 20 hectares de pêchers à côté de chez moi à Corbère”, explique-t-il. Ses projets portent alors sur l’abandon du maraîchage qu’il avait été contraint de reprendre à son installation. En 2007, il achète de nouveau 20 hectares, mais à Saint-Feliu d’Avall cette fois. “Nous arrivons maintenant à une centaine d’hectares, pour une production de 1 200 à 1 300 tonnes annuelles, pour l’instant.” Car depuis ce départ, la sharka est passée par là et la maladie des pêchers a été un levier involontaire. “Quand on a racheté les exploitations, la sharka était présente, mais ce n’était rien avant le boom de 2012, qui est survenu alors que nous sortions déjà de deux ou trois saisons très difficilement”, ajoute David Massot. Un coup de bambou de plus qui force à réfléchir. C’est à ce moment-là qu’il prend la décision de développer sa production ailleurs, dans une zone épargnée par la maladie.

Du foncier à Salses

Trois ans plus tard, il a trouvé le foncier, et démarre son projet, à Salses à une trentaine de kilomètres de Saint-Feliu, et une quarantaine de Corbère. “À Salses, nous aurons des rendements moindres, parce que les terres y sont moins fertiles, mais ils seront réguliers et la qualité devrait être plus élevée. Mais surtout il n’y a pas de sharka.” Il a entrepris de convertir les vergers en arrachant les abricots qui occupaient les parcelles pour y implanter des pêchers. “Nous avons travaillé avec un seul pépiniériste. Comme cela, si nous avons de la sharka sur les arbres, nous saurons d’où cela vient. C’est quelque chose d’impossible à faire à Corbère par exemple, puisque la sharka est partout”, ajoute-t-il. Pour David Massot, on ne peut pas transiger avec la présence de la maladie dans les vergers. Pour protéger son outil de travail, il a formé son personnel qui peut ainsi passer, à quatre ou huit, chaque jour dans les vergers, et détecter la présence du virus dès les tous premiers signes. “Comme cela, on est vraiment attentif et on peut intervenir de suite. Cela ne laisse pas le temps à la maladie de se développer sur les arbres à côté comme cela peut se passer si l’on se contente des visites indispensables du groupement de défense contre les nuisibles, la FR Gedon, qui passe une fois par mois environ.” Être attentif et agir vite, la clé selon David Massot qui regrette qu’une partie des arboriculteurs ne “fassent” pas le travail. Chez lui, dès les tous premiers symptômes, il arrache les arbres, et mène une lutte sans merci contre le virus. Il est même allé jusqu’à arracher les haies de cyprès en bordure de parcelle parce qu’il s’est rendu compte qu’elles étaient un refuge parfait pour les pucerons porteurs du virus. Mais là où le bât blesse, c’est si les voisins ne font rien, parce que c’est chaque parcelle voisine qui alors fait office de refuge pour le puceron porteur de la maladie. “C’est l’environnement qui est problématique. Si vos voisins ne font pas le travail, alors ce que vous faites contre la sharka ne sert pas à grand-chose”, explique-t-il.

Le verger aurait explosé

“Du côté de Corbère, dans le cœur historique de la production de pêches, le parcellaire est très morcelé, cela rend le travail très compliqué. Sur Saint-Feliu, où j’ai la station, les exploitations sont plus grandes les voisins font le travail de surveillance et d’arrachage, nous n’avons pas de réels problèmes avec la sharka.” Il regrette encore que toute la profession n’ait pas compris forcément le message de Gérard Majoral, l’homme qui s’est emparé du dossier, a cherché les financements, fait de l’information auprès des producteurs et au travail duquel David Massot tient à rendre un hommage appuyé. “Sans Gérard Majoral, le verger de pêches et nectarines aurait explosé dans les Pyrénées-Orientales. Malgré cela, le dossier sharka, c’est un peu à l’image du département, personne n’est d’accord avec personne. Dans les autres départements, c’est un problème qui a été pris à bras-le-corps et personne n’a fait les choses dans son coin.” Il pointe du doigt les comportements qui ne permettent pas d’avancer. “Il y a les producteurs que j’appelle les kamikazes, qui estiment qu’on a toujours connu ça, qu’ils ont toujours vécu avec et qui donc ne font rien parce que, c’est comme ça. Ensuite il y a les vergers qui sont entourés de vergers bio, c’est compliqué parce que la sharka se développe moins vite, est moins visible sur les arbres en bio parce qu’ils sont moins vigoureux. Mais les pucerons sont bien là. Troisième cas, les retraités ou les futurs retraités qui n’ont pas forcément de succession et pour lesquels, finalement, la santé du verger n’est pas forcément une préoccupation immédiate.” En attendant que l’ensemble des parcelles de David Massot entrent en production, seuls 60 hectares sont aujourd’hui productifs sur une centaine, le cœur du verger des Pyrénées-Orientales, là où le parcellaire est très morcelé, évolue. Aux pêches succèdent les grenades, les noix et d’autres espèces encore. La sharka n’a pas fini de faire changer le paysage dans ce coin des Pyrénées-Orientales. n

Yann Kerveno

 

Lég : David Massot a choisi de déménager une partie de ses vergers vers une zone indemne de la sharka, où il peut mieux contrôler l’arrivée de la maladie.


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