Quand les robots descendent sur la vigne

Publié le 26 octobre 2018

Encore en pré-série, l'enjambeur de désherbage de Naïo pourrait être commercialisé d'ici fin 2019, début 2020. ©PhD

Pour une première, la démonstration de robots agricoles a fait le plein, le 18 octobre à Vergèze. Des acteurs du secteur viti-vinicole aux étudiants et lycéens, ils étaient aux premières loges pour observer les appareils connectés en pleine action. Travail du sol, tonte, diagnostic par drone, ces outils d'un nouveau genre ont été présentés par les Chambres d'agriculture du Gard et de l'Hérault et la Fédération des Cuma Méditerranée des deux départements, Nîmes Métropole et le Syndicat mixte des nappes Vistrenque et Costières.

Pour "vivre avec son temps", selon les propos de Renaud Cavalier, conseiller agroéquipement à la Chambre d'agriculture du Gard, le choix des robots agricoles n'est plus anodin. Efficiente alternative comme palliatif à un éventuel défaut de main d'œuvre, et outils de précision en parcelles, la robotique redessine progressivement les contours de l'agriculture de demain. Invité à cette première démonstration robotique dans les vignes, Christophe Debain a salué le rôle de ces présentations en situation, capitales pour faire avancer la recherche "et voir ce qui est important pour nos robots." Si "la robotique est calibrée dans nos maisons, en agriculture c'est plus compliqué, en raison des contraintes climatiques, du brouillard ou des branches de vignes qui peuvent gêner les capteurs", a admis le chargé de recherche en robotique à l'Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture). A terme, la recherche dans ce domaine n'a d'autre but que de faire gagner en productivité, tout en faisant en sorte d'être "plus économe en intrants, sur les parcelles et pour l'agriculteur lui-même". Des capteurs en vignes avec ultrasons, aux radars guidant les robots dans des conditions difficiles, les laboratoires sont à l'œuvre pour faire évoluer les machines, et les normes. Cinq appareils ont été présentés aux nombreux professionnels et étudiants sur des parcelles à Vergèze. Compte-rendu de ce que la robotique offre de plus performant en travail de la vigne, du ciel à la terre.

VineView : diagnostic parcellaire par drone

Spécialisée dans la détection, la solution de diagnostic aérien de VineView permet de détecter les maladies de la vigne (flavescence dorée), le stress hydrique ou de gérer la fertilisation. Grâce à une caméra multi-spectrale, qui sélectionne des longueurs d'ondes, et aux capteurs sur les feuilles du rang, une cartographie de vigueur retranscrit les mesures sur feuille et pied par pied, à différentes périodes. L'outil facilite l'apport en intrants, permet de planifier l'irrigation et d'organiser des vendanges sélectives. Il permet aussi de "détecter des trous de végétation vus du ciel, pour gérer la complantation ou l'arrachage", indique Zacarie Kerrim, directeur des opérations pour VineView France. "On peut ajuster la vigne par un zonage de qualité, en faisant le lien entre vigueur et critères du raisin", grâce à des points de capteurs positionnés au pied près. D'autres longueurs d'ondes mesurent la quantité d'eau sur feuille, et grâce à une technologie brevetée de la Nasa, les maladies de la vigne sont détectées. "Les capteurs hyperspectraux détectent la feuille malade, qui a une signature spectrale spécifique", développe l'ingénieur. Concernant la flavescence dorée, les expériences menées depuis 2015 permettent de détecter la maladie sur la feuille avec peu de pieds infectés, sur certains cépages (gamay). Or "sur de plus grandes parcelles, c'est plus dur à détecter", reconnaît Zacarie Kerrim. Les tests menés avec la Cham-bre d'agriculture 13 (sur un plus grand nombre d’hectares, avec peu de bandes spectrales), pourraient parvenir à "quelque chose de vendable d'ici un ou deux ans".
Pour la cartographie de vigueur, le zonage coûte 15 €/ha (carte fournie sur smartphone), et 25 €/ha pour les données individualisées au pied près. Le tarif d'acquisition des données revient à 60/70 €/ha/j. 

Philippe Douteau


Viticulture/oenologieRobotique ; vigne ; nouvelles technologies ; naïo