Maraîchage : La serre, capteur d’innovation

Publié le 08 novembre 2018

La serre concentre aujourd’hui un grand nombre d’innovations, comme a pu le démontrer la journée nationale technique organisée le 4 octobre dernier, sur le centre CTIFL de Balandran, qui a réuni 300 participants. ©CZ

Avec 300 inscrits le 4 octobre dernier, la journée technique nationale ‘Innovations en serre’, organisée par le CTIFL sur le site de Balandran, dans le Gard, a suscité l’intérêt d’intervenants et de participants venus de toute la France et des pays limitrophes. Il faut dire que ces dernières années, la filière a su mettre la lumière sur de nombreuses innovations, bien qu’elle ait aussi eu son lot de déboires, comme nombre de productions de plein champ ou d’abri.

“La campagne tomate a été bien difficile cette année”, notait Valéry Goy, de l’AOPn tomate-concombre, en ouvrant la matinée. “Avec trois crises conjoncturelles et un prix moyen inférieur de 16 % à la moyenne, les producteurs de tomates ont eu une année compliquée”, résumait-il. À l’inverse, en concombre, l’année a été “assez exceptionnelle côté prix”, du fait d’un manque de production criant. Enfin, en fraise, 3e culture d’importance sous serre, l’année a finalement été “assez standard, avec une entrée en production plutôt tardive et une fin de saison précoce”.
Mais que ce soit en tomate, concombre ou fraise, Valéry Goy reconnaît qu’il y a “nécessité à être de plus en plus performant”, afin de faire face aux nouveaux défis émergents : le développement du bio, l’arrivée de nouvelles gammes avec zéro ou sans résidus de pesticides, “sans compter les attentes des consommateurs pour plus de goût”. Il faut, poursuit-il également, tenir compte des peurs alimentaires, “fondées ou non”, en intégrant “cette nouvelle perception” que fait désormais le consommateur entre alimentation, santé et agriculture, “dont nous devons désormais tenir compte en faisant évoluer nos pratiques”. Aller vers plus d’explications permet non seulement de combattre les fausses informations, mais redonne aussi “une image plus flatteuse de notre métier”, soulevait le producteur. Enfin, dernier combat à mener pour les producteurs, et non des moindres, celui de la compétitivité. “Nous avons des difficultés récurrentes sur le sujet, accentuées ces dernières semaines par les discussions sur le TODE, et plus généralement, par l’augmentation des coûts énergétiques, les réglementations environnementales, le désengagement progressif de l’État”, résumait le serriste, soulignant en particulier “l’arrêt des programmes de soutien à la construction des serres”.
Pas étonnant donc, dans ce contexte, que la journée proposée par le CTIFL ait su mobiliser producteurs et techniciens venus chercher les innovations leur permettant, à l’avenir, de résoudre cette difficile équation.

Un balayage des technologies innovantes

Tout au long de la matinée, plusieurs interventions se sont ainsi enchaînées : les tendances du marché et de la consommation en tomate et fraise, l’éclairage artificiel, avec la présentation des travaux menés actuellement en Belgique, les atouts et inconvénients des serres semi-fermées, le pilotage des cultures et des technologies avec l’intégration de capteurs et de modèles de physiologie végétale, et les perspectives d’évolution du contexte énergétique en France pour les serristes, et enfin, les outils de financement comme les Certificats d’économies d’énergie (CEE). Sur ce dernier point, Alice Richard, de Légumes de France, a rappelé que les CEE “étaient un outil de financement pour les producteurs, mais aussi d’économie d’énergie permis par le soutien aux équipements innovants. Les CEE ont un caractère incitatif et doivent promouvoir des technologies performantes qui ont du mal à s’installer pour des raisons de coûts. De fait, une technologie très largement diffusée dans un domaine ne peut faire l’objet de CEE”, précisait la chargée de mission ‘économie-environnement’ de Légumes de France. Pour rappel, les CEE ont été créés en 2006, suite à la mise en place de la loi Pope (Programme fixant les orientations de la politique énergétique) qui fixait comme objectif à l’État français de réduire l’intensité énergétique finale et la dépendance aux énergies fossiles.
Dans le secteur agricole, 20 fiches ont été créées, dont 13 peuvent être utilisées par la filière serriste. “Pour rappel, les certificats permettent d’obtenir une aide financière : entre 3 et 15 % de l’investissement payés par les obligés (fournisseurs d’énergie, ndlr).” Une prochaine fiche sur les systèmes de déshumidification avec air extérieur devrait paraître au prochain arrêté, en novembre1. “Des réflexions sont également en cours pour étendre leur périmètre d’action, notamment la fiche ‘récupération de chaleur fatale’ qui pour­rait être étendue à d’autres sites de production de chaleur ; et une fiche concernant les serres semi-fermées pourrait également paraître d’ici quelques mois”, complétait Ariane Grisey.
Puis, poursuivant le transfert d’informations, les participants ont découvert, au cours de l’après-midi, quatre ateliers permettant de zoomer un peu plus sur certaines thématiques évoquées au cours de la matinée.

Céline Zambujo

1 www.ecologique-solidaire.gouv.fr/politiques/certificats-economies-denergie.


Serre ; maraïchage ; innovation ; lumière