L'AOC Languedoc veut s'adapter au changement climatique

Publié le 31 janvier 2019

Le Syndicat AOC Languedoc se veut proactif sur la question des effets du changement climatique pour le vignoble.

A l'initiative du syndicat AOC Languedoc, un séminaire rassemblant professionnels, chercheurs et techniciens s'est tenu les 14 et 15 janvier pour envisager des solutions d'adaptation à l'évolution du climat.

Jean-Benoît Cavalier, le président de l'AOC Languedoc, livre un constat sans appel : “Les dates de vendanges ont avancé, les évènements climatiques deviennent imprévisibles, plus intenses ou plus étalés, la gestion du vignoble en est fortement impactée.” Dans l'objectif d'apporter à terme des solutions concrètes et exploitables pour les vignerons, le syndicat AOC Languedoc a organisé le séminaire de son conseil d'administration autour du thème "Changement climatique et pérennité du vignoble de l'appellation Languedoc. Quelle stratégie pour l'AOC Languedoc ?". Producteurs, techniciens et chercheurs ont pu se concerter deux jours durant. Présentations de résultats et ateliers de travail se sont enchaînés pour répondre aux enjeux provoqués par le changement climatique dans le vignoble.

Prendre les devants pour ne pas subir

Face à ce qui peut rapidement s'annoncer comme une urgence, le syndicat AOC Languedoc entend prendre les devants, et faire le tour des enjeux et conséquences de ce changement. "Pour pouvoir mettre en œuvre de quoi peser sur les décisions et engager des orientations," glisse Jean-Benoît Cavalier. Il liste ainsi deux objectifs majeurs mis en évidence au cours du séminaire : "Comment nous adaptons-nous ? Et comment nous impliquons-nous dans la contribution de notre filière à ce réchauffement ? Les choses dépendent de nous à ce niveau-là". Un travail sur les scénarii probables et les méthodes à employer est nécessaire pour établir les bonnes solutions. En ce sens, les chercheurs présents ont exposé le travail de prospective entrepris depuis 2012 autour du projet Laccave. Ce projet transversal, rassemblant 90 chercheurs d'horizons différents, est construit autour de la thématique centrale : "Impacts et adaptation de la filière vigne et vin au changement climatique".

Jean-Marc Thouzard, directeur de recherche à l'Inra Montpellier et animateur de ce projet, précise toutefois qu'au-delà des constatations du terrain et des types de stratégies envisagées pour l'avenir, "les solutions sont avant tout portées par les viticulteurs. Notre rôle de chercheur reste très modeste." Car dans sa seconde phase, ce projet est voué à être participatif concernant les orientations viticoles régionales et nationales. Hervé Hannin, ingénieur de recherche SupAgro Montpellier et directeur de l'IHEV (Institut des hautes études de la vigne et du vin), précise qu’"après les prospectives définies dans la première phase, il s'agira alors de mettre en œuvre des stratégies. Au niveau local, comme l'ont fait les vignerons de Murviel-lès-Montpellier en organisant le climathon, au niveau régional avec ce séminaire, au niveau national avec un groupe de travail commun FranceAgriMer, Inao et acteurs de la filière, ou encore à l'international en tant qu'expert OIV."

La pérennité de la filière et des exploitations en jeu

Les effets du changement climatique dans nos zones méditerranéennes sont déjà concrets. Jean-Benoît Cavalier souligne ainsi "l'irrégularité des évènements, qui devient une norme, et qui pourrait d'autant plus accélérer les conséquences du changement". Grêle, sécheresse, gelées, longues périodes venteuses pourraient alors précipiter la filière vers une remise en question totale de la régularité de la production, en qualité ou en quantité, danger majeur pour la pérennité d'une exploitation viticole. "La conséquence serait une désorganisation de la structuration économique de la filière”, martèle-t-il encore. “C'est pourquoi notre capacité d'adaptation se doit d'être rapide.

Olivier Bazalge

 


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