Enseignements et… nouvelles craintes

Publié le 23 novembre 2018

À posteriori, le bilan est clair et net : il fallait intervenir “très tôt, dès la sortie des foyers primaires, aux alentours du 20-25 avril sur le littoral” pour passer entre les gouttes du mildiou.

À l’occasion de la dernière édition de Dionysud, à Béziers, une conférence était organisée sur le bilan de campagne 2017-2018. Une année “hors norme”, expliquait Jacques Rousseau de l’Institut coopératif du vin (ICV), qui a égrené les différentes étapes marquante de ce millésime, plutôt calme “jusqu’à la véraison”, puis marqué par une très forte pression de mildiou, rarement vue sous ces latitudes.

La première caractéristique du millésime 2018 est la canicule qui a régné en juillet et août. “C’est la 2e année la plus importante enregistrée après 2003, à la fois en termes de durée et d’intensité des températures”, notait Jacques Rousseau, responsable des services viticoles de l’ICV, lors d’une conférence organisée dans le cadre du salon Dionysud. Les sorties de baies sont enregistrées supérieures à 2017, mais dans la moyenne des cinq dernières campagnes, “avec des cépages comme le grenache ou le merlot qui ont montré une forte sortie cette année, après une année 2017 faible. On a pour ces deux cépages une alternance forte”, résumait le spécialiste.

Autre caractéristique: le printemps ”tropical”, à l’origine de l’explosion de mildiou constatée cette année, avec des pluies importantes en avril, régulières en mai, et surtout, un cumul des heures d’humidité de l’air supérieur à 80?% très important.

Resserrer les cadences à 12 jours

À posteriori, le bilan est clair et net : il fallait intervenir “très tôt, dès la sortie des foyers primaires, aux alentours du 20-25 avril sur le littoral” pour passer entre les gouttes du mildiou. Second point notable : l’intérêt des systémiques (Fosetyl AL en début de campagne), puis l’utilisation précoce de diméthomorphe ou de cymoxanil (produits curatifs) pour enrayer le développement ultérieur du mildiou. “À la floraison, des produits comme le Zoxamide ou l’Amétoctradine ont offert une rémanence intéressante pour protéger la vigne.” Autre information notable relevée cette année : “L’intérêt des produits de biocontrôle – phosphonates, écorces d’orange – en action complémentaire. Mais seuls, ils ont été insuffisants”, résumait Jacques Rousseau. Dernier point : le resserrement des cadences d’intervention : “Il fallait plutôt resserrer à 12 jours que rester sur les 14 jours habituels”.

En viticulture bio, un démarrage précoce était aussi conseillé, avec un renouvellement des traitements en fonction de la croissance de la vigne (ré-intervenir au-delà de 30 cm de pousse) et du lessivage (ré-intervenir après une pluie de 20 mm), “ce qui s’est traduit par deux interventions par semaine par moment. D’ailleurs, les viticulteurs bio qui ont réussi cette année ont souvent fait 14 à 15 traitements”. Les conditions climatiques ont nécessité l’augmentation des interventions, et donc une dose de cuivre à l’hectare souvent proche des 400 à 500?g. “Mais attention : ce n’est pas le fait d’augmenter la dose qui justifie la réussite. Au final, on a souvent dépassé la dose de 6 kilos par hectare cette année. Mais je rappelle que c’est une dose annuelle indicative. Ce qui compte, c’est la moyenne à cinq ans. Dans tous les cas, cette année, il ne fallait s’imposer cette limite, mais faire les traitements, compensés par les années antérieures.”

Intervenir sur feuillage sec

La durée et l’intensité du mildiou cette année a permis de fournir de précieuses informations sur ce que l’on peut nommer “les clés de la réussite” et surtout, les fondamentaux à respecter, aux premiers rangs desquels le réglage du pulvérisateur. “On note l’intérêt des vignerons pour les panneaux récupérateurs. Cette année, ils ont montré que leur utilisation était possible, à condition de ne pas traiter sur feuillage humide qui accélère le phénomène de dilution. On conseillait donc un passage tous les deux rangs, avant la pluie. Mais l’année 2018 montre à quel point il est important d’intervenir sur feuillage sec, car en cas d’humidité, il faut augmenter le volume de bouillie, ce qui favorise encore davantage les risques de lessivages.”

Pour conclure, Jacques Rousseau a fait un focus sur un ravageur en recrudescence cette année : “La pyrale des agrumes, Cryptoblabes gnidiella, a été signalée il y a 6-7 ans dans le Gard. Cette année, elle a été signalée dans l’Hérault. Elle a fait des dégâts assez tardifs et relativement importants fin septembre, en particulier dans les secteurs en confusion sexuelle. Mais ce qui complique la donne, c’est que nous n’avons pas beaucoup d’information sur le cycle biologique de cette pyrale”, concluait Jacques Rousseau.

Céline Zambujo

 


Viticulture/oenologieMillésime ICV Mildiou