Emploi et installation : les quatre piliers du redémarrage

Publié le 28 novembre 2018

Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA en charge de l’emploi, David Sève, président de la FDSEA du Gard, Delphine Fernandez, co-présidente de JA 30, et Aurélien Clavel, vice-président de Jeunes agriculteurs.

À l’invitation de la FDSEA et des JA du Gard, Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA en charge de l’épineux dossier ‘emploi’, a fait un point sur les actions actuellement menées par la centrale syndicale sur les deux thématiques, “liées” que sont l’emploi et l’installation.

“On oublie souvent de dire qu’une installation d’un jeune agriculteur, c’est de l’emploi dans les terroirs ruraux”, a lancé Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA, en ouvrant la conférence organisée à l’initiative de la FDSEA et des JA du Gard, le 19 novembre, à la Chambre d’agriculture, en plein mouvement des Gilets jaunes. “Il n’y a pas de concurrence entre la politique d’installation et la politique de l’emploi ; il faut trouver complémentarité et synergies entre les deux”, poursuivait-il avant d’égrener les quatre thématiques de son intervention : le recrutement, le coût du travail, l’attractivité et l’harmonisation des règles européennes.

“Le recrutement, c’est le premier sujet, avant même le coût du travail”, a martelé le vice-président. “Car aujourd’hui, nous n’avons pas toujours les salariés en face des offres que l’on propose, tant pour les permanents qualifiés ou non - il n’y a qu’à voir les difficultés que nous avons, par exemple, pour trouver de bons tractoristes - que pour les saisonniers.” Aux dires de Jérôme Volle, il manquerait en effet en France plus de 50 000 saisonniers. “C’est une vraie pénurie !” Face à cela, certaines régions ont fait le choix des travailleurs étrangers, “un choix qui est différent de celui des travailleurs détachés”, et c’est une piste intéressante pour l’élu : “Nous devons développer des alliances autour de contrats collectifs, avec certaines régions européennes ou du Maghreb. Nous avons d’ailleurs déjà commencé avec le Maroc.” Mais pour que cela fonctionne, “il faut être capable de coordonner les services entre les pays. Car le gouvernement français craint par dessus tout que ces travailleurs étrangers restent en France et ne repartent pas chez eux, une fois la mission achevée.”

 Ça balance entre 1,15 et 1,25

 Deuxième point abordé par Jérôme Volle, celui de la question du coût du travail. Il a récemment mobilisé les territoires, suite à la décision du gouvernement de supprimer le dispositif du TO-DE. “Si l’agriculture a des exonérations de charges, c’est bien parce qu’au niveau européen, nous payons des charges que d’autres n’ont pas. Elles ont une utilité, et nous permettent de ne pas être dépassés face à la concurrence du marché. Mais le sujet est délicat à porter au niveau européen, car les choix politiques faits sont différents : par exemple, la France a fait le choix d’exploitation familiale, quand l’Allemagne a clairement opté pour une politique d’investissements”, notait-il, en faisant référence aux énormes exploitations animales allemandes et au développement notable de la méthanisation ces dernières années.

Saluant la mobilisation qui a permis de revenir sur la suppression totale du dispositif, et en particulier l’engagement du Gard sur le dossier, Jérôme Volle a rappelé que tout n’était pas fini. “Le gouvernement a fait le choix de sortir d’un accompagnement spécifique.” Dans les faits, il renforce cette exonération de charges pour tous les salaires, avec un système à 1,25 Smic de dégressivité proposé par le Sénat, quand l’Assemblée nationale était à 1,15.

 Attractivité et harmonisation

Troisième écueil à lever pour l’agriculture française selon la FNSEA : son manque d’attractivité. “Nous sommes en concurrence avec d’autres secteurs d’activité primaire, comme le BTP. Et nous devons faire avec une ‘non-envie’ de travailler de certains, un retour au travail leur faisant perdre des droits et autres avantages. Il faut le dire clairement : pour certaines catégories, aller travailler c’est perdre du pouvoir d’achat, en particulier dans nos métiers à bas salaire.” La FNSEA travaille évidemment ce sujet, mais, reconnaît le vice-président, “on l’a davantage fait sur les contrats de plus de six mois. Pour des contrats courts, c’est beaucoup plus compliqué et actuellement, on ne sait pas faire.” Pour l’élu, il faut également s’atteler aux Certificats de qualification professionnelle (CQP). “Utilisons-les !”

Enfin, 4e et dernière thématique, celle de l’harmonisation des règles au niveau européen. “Nous avons besoin de travailler sur une harmonisation plus équitable des règles européennes, notamment au niveau fiscal et social. Mais sur le sujet, on a une Europe à plusieurs vitesses.

Céline Zambujo


GardEmploi installation FDSEA JA