“Cette année, la qualité des fruits satisfait le marché”

Publié le 12 octobre 2018

Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes poires.

Interview de Daniel Sauvaitre, président de l’Association nationale pommes poires.

 Comment se déroule la campagne 2018 ?

“A début octobre, la récolte de pommes françaises est bien entamée et sera un peu plus faible que prévu. La récolte de Gala est ainsi inférieure à ce qui était attendu. En effet, il a fallu cueillir assez vite pour bénéficier d’une très belle qualité en couleur. En parallèle, le stockage est très bon dans le Sud notamment. Le début de campagne se déroule assez bien, compte tenu du fait qu’il n’y a pas de stock en Europe. Le marché est plus dynamique, car l’écoulement est bon. L’Allemagne et l’Italie font état de récoltes plus faibles qu’annoncé, et le climat des affaires est plutôt bon sur les marchés. On note un léger manque sur les variétés nationales et une surproduction en Pologne. Les producteurs polonais sont même en colère, car les prix se sont effondrés sur le marché, lié à la transformation. Mais cela ne vient pas trop grever les marchés européens. A ce stade, le marché est satisfait de la qualité des fruits, malgré l’urgence que l’on a eu pour récolter les Gala. On a certes vécu une campagne de fruits d’été qui s’est un peu allongée, ce qui a ralenti quelque peu le début de campagne, mais pour l’heure, il n’y a pas d’inquiétude.”

Qu’en est-il du marché national et à l’export ?

“Au niveau national, il y a un grand sentiment de confiance. Sur les autres marchés, je resterai plus prudent. Sur le Moyen-Orient, nous sommes victimes de la concurrence polonaise très présente. En revanche, sur l’Asie, il y a un potentiel intéressant. La Chine fait état d’une production en baisse. Notre position sur le Vietnam va s’améliorer. L’Inde, trustée par le marché américain, pourrait faire état d’une demande non négligeable cette année. Sur le continent européen, la récolte allemande est doublée par rapport à l’an passé. Le marché est un peu plus bataillé sur les pays d’Europe du Nord. En Espagne et au Portugal notamment, il y a de gros besoins sur des variétés spécifiques comme en Canada grise. Enfin, pour la France, l’export reste d’importance. En effet, un tiers de nos volumes doivent être exportés. En revanche, je ne suis pas inquiet sur le marché national. Concernant la pomme d’industrie, la compétition est rude avec la Pologne. Les prix se tendent quand même. Il nous reste une inconnue : l’export. En fonction des déclarations du président américain, cela peut modifier quelque peu les marchés. Nous restons donc prudents.”

Qu’en est-il de l’actualité sur les vergers écoresponsables ?

“Notre campagne ‘Vergers écoresponsables’ s’est téléscopée avec notre volonté de nous exprimer sur la baisse d’allègement de charges pour les travailleurs saisonniers, le TODE. On a le sentiment et la crainte que le Gouvernement souhaite aller au bout de son projet maléfique. Nous attendons le vote de la loi de finances et dans le même temps, la mobilisation monte. On a réussi à faire entendre notre voix sur ce sujet. Nous allons prévoir quelques actions spectaculaires, comme de nouveaux arrachages de vergers, mettre le feu dans les vergers. Mais tout cela n’est pas encore tout à fait arbitré. Notre objectif, c’est de dire que nous produisons beaucoup de main-d’œuvre, et que cette hausse du coût du travail saisonnier aura un fort impact sur nos productions. Nous ne souhaitons pas garder uniquement les vergers à forte valeur ajoutée. Cela aurait pour conséquence de diminuer la surface du verger français. C’est un avenir un peu sombre. La prochaine action devrait avoir lieu d’ici quelques jours.” n

Propos recueillis par Anne-Solveig Aschehoug


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