Aude : La désolation de visu

Publié le 02 novembre 2018

Christiane Lambert et l'ensemble de la profession viticole audoise, en visite dans une parcelle de vigne totalement dévastée par les eaux.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, était en visite dans le département, le 25 octobre. Avec Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, elle a constaté les dégâts dans les vignes et les vergers, suite aux récentes inondations qui ont dévasté le paysage audois.

Après le Premier ministre et le président de la République, c'est au tour de Christiane Lambert de faire le déplacement dans ce département sinistré. Elle a voulu voir “de ses propres yeux” l'ampleur des dégâts : ­déplore la présidente de la FNSEA.
Première étape, l'exploitation arboricole de Jean-Bernard Gieules, située à Caunes-Minervois. Dans son verger de 1 800 pommiers, 1 200 ont été couchés par la crue de l'Argent Double et doivent être arrachés. "J'ai perdu la moitié de mon chiffre d'affaires. A la vieille de ma récolte de Pink Lady, c'est un coup dur, j'ai perdu 50 tonnes. Je suis en circuit court. J'emploie localement sept personnes : je n'ai pas de solution. J'estime la perte à 200 000 euros," indique l'agriculteur, qui précise ne pas être assuré. Il englobe dans ce chiffre la récolte de cette saison, mais aussi celle des neuf prochaines années (période nécessaire pour qu'un pommier devienne pleinement productif), et les frais de replantation du verger. Jean-Bernard Gieules ne décolère pas. Si son verger a été dévasté, c'est à cause de la loi sur l'eau. “Il n'y a aucun entretien des cours d'eau. Le lit est bouché et la rivière saute systématiquement. C'est une rivière de montagne qui devient un véritable torrent. Nous voyons des arbres pousser au milieu des cours d'eau, mais nous n'avons plus le droit de les entretenir ! Alors que pour protéger les cultures, la pose de muret ne coûterait que 5 000 €. Les moyens existent, puisque 30 000 € ont été dépensés pour une frayère à poissons, alors que le cours d'eau est à sec six mois de l'année”, s'insurge-t-il. Il déplore également la disparition de la profession dans ce secteur. “Nous sommes deux arboriculteurs dans la vallée. Il y a quelques années, nous étions une petite quinzaine." Seul lot de consolation pour l'arboriculteur : dans les années 2000, il a commencé la diversification de ses cultures en plantant des vignes et des oliviers, qui n'ont pas été touchés. Une situation qui n'a pas laissé de marbre la présidente de la FNSEA : “La colère de l'arboriculteur est légitime. Le climat change, c'est indéniable. Il faut donc modifier nos lois, et entretenir les cours d'eau. Ce verger, avec une récolte presque faite, est anéanti ! Il faut discuter avec les représentants politiques pour ramener du bon sens."

La vigne dévastée

Seconde étape à Malves-en-Minervois, sur une parcelle de vigne ravagée par les eaux. Un paysage apocalyptique : des troncs d'arbres en plein milieu des vignes, charriés par l'eau, un dépôt de dizaines de centimètres de limon, des plants couchés... "Sur les 370 hectares de vignes de cette plaine, plus de la moitié est impactée. Des chardonnays de trois ans… Il faudra donc arracher et replanter," explique Alain Taqui, qui a perdu 20 hectares. Ce viticulteur avait déjà subi le gel l'an dernier. “Nous avons bien vendangé cette année, mais nous serons amputé de la récolte l'an prochain."
Frédéric Rouanet, président du Syndicat des vignerons de l'Aude, a insisté sur la nécessité "d'un travail collectif pour sauver ce qui peut l'être". Une parole entendue par Christiane Lambert : “Cette situation nécessite une main-d'œuvre colossale. C'est pour cela que je suis là. Nous ferons venir des bras supplémentaires grâce à notre réseau syndical. De votre côté, vous avez un rôle important à jouer pour le moral des personnes." Frédéric Rouanet, rassuré par ces propos, s'est à nouveau adressé à la présidente : “Nous connaissons ton poids dans le syndicalisme. Il faut que le ministre de l'Agriculture vienne constater l'étendue des dégâts dans l'Aude. Nous allons y arriver, nous avons déjà rebâti le vignoble en 1999, mais nous avons besoin d'un coup de pouce financier.” Christiane Lambert a ajouté qu'elle s'était entretenu avec le nouveau ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume et que "son prochain déplacement serait dans l'Aude. Mais j'aimerais bien qu'il vienne accompagné du ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, car il s'agit aussi d'une catastrophe écologique."

Etape finale : la Chambre d'agriculture

Avant de repartir, la présidente de la FNSEA a tenu à faire un point autour d'une table. “La dignité des agriculteurs sinistrés m'a épatée. Mon déplacement était nécessaire, même si cela fait mal au ventre. Nous allons nous battre avec les agriculteurs de toute la France pour remonter le moral des troupes, mais pas seulement. Nous allons mobiliser les équipes, identifier les besoins de main-d'œuvre et les planifier, et ce dans la durée. Je suis du Maine-et-Loire, et quand il y a eu les inondations dans le Gard, des collègues étaient venus porter main forte. A leur retour, ils ont dit qu’ils avaient redressé des vignes, mais aussi des hommes. Je me suis engagée vis-à-vis de vous et vous pouvez compter sur moi."
De son côté, Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, a rappelé "la nécessité d'une solidarité à deux niveaux : celle des bras et des fonds, afin de permettre la reconstruction. FranceAgriMer fera en sorte de simplifier les démarches administratives, afin d'enlever cette contrainte aux sinistrés, et faire en sorte que le capital soit remis en production le plus tôt possible."
Philippe Vergnes, président de la Chambre d'agriculture de l'Aude, a indiqué que "50 conseillers agricoles de la Chambre étaient en formation, afin de réaliser les expertises”. Il a également rappelé que l'association des agriculteurs sinistrés audois était très sollicitée. “Nous avons huit personnes dédiées au numéro vert. Le premier jour de sa mise en service, 300 appels ont été traités. 203 communes ont demandé la reconnaissance de catastrophe naturelle." n

Laurence Durand

 

Les dons par chèque doivent être libellés à l'association audoise des agriculteurs sinistrés, ZAC Bonne source, BP 40257, 11105 Narbonne cedex.


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