Arterris dépasse le milliard d’euros de chiffre d’affaires

Publié le 21 décembre 2018

Régis Serres, président d’Arterris.

Régis Serres quitte la présidence d’Arterris au terme de quatre années de travail. Tour d’horizon à la veille de l’assemblée générale du groupe, qui s’est tenue jeudi à Carcassonne.

2018 ne restera pas dans l’histoire comme une grande année agricole dans l’Aude et la France en général. Et pour Arterris ?

Régis Serres : “Oui, les rendements ont été très mauvais ; pour les cultures d’hiver, ils reculent de 27 % en moyenne, ce à quoi viennent s’ajouter des problèmes qualitatifs très importants. Nous avons enregistré sur le blé des poids spécifiques de 74 à 78, alors qu’il faut être au-delà de 78. Cela va nous obliger à trier, à alloter finement, pour que la plus grande partie de la récolte puisse quand même partir vers les semouleries. Le reste du blé dur qui ne correspond pas, sera dirigé vers l’alimentation animale. La chance que nous avons, c’est que le prix du blé tendre a augmenté, ce qui réduit l’écart entre blé dur et blé tendre. Ce n’est donc pas si catastrophique, mais pour les producteurs c’est très compliqué. Il n’y a ni la quantité, ni la qualité, ni les prix cette année. C’est particulièrement difficile pour les exploitations spécialisées en céréales qui ont investi de manière importante entre 2013 et 2015. C’est inquiétant, parce que nous ne voyons pas le bout du tunnel.”

Vous avez des craintes pour la campagne qui vient de démarrer ?

R.S : “Oui, le risque existe d’une spirale négative. Prix bas, déprise... On connaît tout ça. Donc nous essayons d’aider nos adhérents au mieux. Nous avons mis en place des systèmes pour soutenir les besoins en trésorerie de nos adhérents, en garantissant notamment les agriculteurs auprès des organismes bancaires. Chaque fois qu’Arterris dit oui, les établissements financent. Nous avons aussi décalé le paiement des semences certifiées à juin 2019 ; en y ajoutant une prime pour baisser le coût des doses, cela représente un million d’euros d’aides. Nous avons aussi mis en place une assurance aléas climatiques, qui démarre dès 15 % de pertes, et non plus 25. Ensuite, nous traitons tous les cas avec bienveillance.”

Vous aviez imaginé qu’investir dans l’aval était un des moyens afin d’être moins dépendant des marchés de matières premières. Où en êtes-vous ?

R.S. : “Oui, nous sommes persuadés que le pôle agricole sera celui qui, demain, produira le moins de valeur. C’est la raison de notre stratégie d’investissement dans l’aval, qui nous permet de sécuriser nos accès aux marchés, et avoir un retour pour l’entreprise. Nous sommes en train de structurer la production autour de ces outils que nous avons acquis, comme la Belle Chaurienne par exemple. Pour le secteur de l’agneau, nous représentons aujourd’hui 15 % du marché français avec nos 1,5 million d’agneaux. Nous avons renforcé nos positions sur Lyon, et souhaitons les développer comme à Paris ou Rungis, où nous sommes présents. Nous sommes aussi sur la région parisienne avec Grand Frais qui cherche des produits de qualité, avec la petite distribution urbaine, Franprix. Nous avons repris des entreprises qui fonctionnaient bien, sans dettes, dont les résultats sont à la hauteur de nos espérances.”

Et pour les anciennes entreprises du groupe de Monique Piffaut (William Saurin, la Belle Chaurienne...) ?

R.S. : “Nous sommes en train de structurer tout cela. Une entreprise comme la Belle Chaurienne, par exemple, a besoin de haricots, de lentilles, de canards. Cela crée des opportunités pour nos producteurs. Nous voulons doubler notre production de canards - 400 000 têtes aujourd’hui -, mais ce n’est pas facile à faire, notamment pour trouver des producteurs. D’autant que la Belle Chaurienne ne consommera pas, au moins dans un premier temps, les magrets et les foies gras ! Nous sommes au travail là-dessus, nous allons spécialiser les outils industriels. Il n’y a finalement qu’en fruits et légumes où nous ne sommes pas parvenus encore à aller au bout de nos projets. Nous avions envisagé une fusion avec la coopérative des Pyrénées-Orientales, Teraneo, mais ce projet est suspendu, suite à des dissensions au sein de leur coopérative. Cela ne nous gêne pas vraiment. Nous allons continuer d’avancer, avec un objectif pour ce secteur de 100 M€ de chiffre d’affaires, contre 21 M€ aujourd’hui.”

Propos recueillis par Yann Kerveno


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