Agrivoltaïsme : Les vignes solaires

Publié le 05 décembre 2018

Le dispositif s'avère rentable

Présenté comme le "premier dispositif agrivoltaïque dynamique au monde" par le groupe Sun'R, spécialisé dans le photovoltaïque en France, un démonstrateur agrivoltaïque sur vignes a été inauguré à Tresserre, dans les Pyrénées-Orientales, le 8 novembre. L'Inra, l'Irstea, ITK, PhotoWatt, Bouygues et les élus étaient réunis pour saluer la démarche mêlant agriculture et énergie solaire. Modifier le climat de la plante en produisant de l'électricité, tel est la double promesse du projet.

Depuis 2009, 25 M€ ont été investis dans ce programme précurseur sur la vigne, dont 21 M€ en R&D. 4 M€ ont été nécessaires pour mettre en place les panneaux et tout le système Sun’Agri sur le domaine de Nidolères, mené par Pierre Escudié. Dans la région naturelle des Aspres, le site fait figure d'ovni et d'exception. Sur 4,5 ha, les parcelles de l'exploitation familiale sont désormais recouvertes d'une armada de panneaux solaires mobiles et pilotés en temps réel.

Arguant que "68 % de la surface viticole française pourrait disparaître d'ici 2050, de nouvelles zones propices vont se créer", Antoine Nogier a évoqué "l'urgence absolue pour éviter le pire du changement climatique". Le président de Sun'R, société qu'il a fondée en 2007, s'est montré alarmiste, lors de son discours inaugural, face à tous les partenaires du projet, des élus aux représentants de la recherche. "On doit diviser par deux les émissions mondiales de carbone en 12 ans ! Dans une génération, il sera trop tard." A ce titre, la production solaire est envisagée comme une alternative à la reconquête de la production agricole.

 Un projet de reconquête du vignoble 

Plus qu'une installation de panneaux tournés vers le soleil, le projet agrivoltaïque se veut un "outil agricole", permettant "d'augmenter la rentabilité de l'exploitation" tout en demeurant une solution de production d'électricité, a présenté Antoine Nogier. Le concept se base sur un ensemble de solutions numériques de pointe, à l'origine de plusieurs algorithmes, permettant à l'agriculture de s'adapter au changement climatique, et de préserver les ressources hydriques précieuses. Parmi les fournisseurs de ces solutions, la société spécialisée en "agri-intelligence" ITK, "envoie en temps réel le système des besoins des plantes en énergie", explique son pdg Eric Jallas. "On simule les besoins de la vigne, par modélisation." Les données météo comme de caractéristiques du sol sont collectées par ITK. "Le comportement des cépages est un peu différent. Le chardonnay est originaire du Nord, alors que le marselan est un cépage du Sud. En changeant leur environnement, on change la caractéristique des raisins. Le but est de faire se développer les plantes le plus possible, grâce à des panneaux adaptés aux cépages, à la variété", indique Eric Jallas.

Le système permet aussi de "lutter contre la grêle ou le gel de printemps", assure le président de Sun'R qui encourage les agriculteurs à piloter et investir dans l'agrivoltaïque, pour qu'ils soient "producteurs d'énergie".

Trois inclinaisons par jour

Spécialiste en agroforesterie, Christian Dupraz revient sur la genèse du projet. Chercheur à l'Inra (Institut national de la recherche agronomique), il décrit le dispositif comme concept similaire à sa spécialité, si ce n'est que les panneaux remplacent les arbres ! Et qu'ils permettent  "30 à 40 % de production supplémentaire". Sur un site prototype à La Valette (Montpellier), un gain de productivité de "40 à 50 %/ha" a été observé par l'institut, mais avec des panneaux fixes, alors que ceux qui surplombent les vignes du domaine de Nidolères, sont installés sur des trackers. Les tests précédents étaient alors menés en maraîchage et en grandes cultures, certaines espèces comme les légumineuses fonctionnant "très bien à l'ombre". D'autres expérimentations ont été conduites sur vignes (8 ha sur 40 ha) et aussi en grandes cultures depuis 1995, au domaine de Restinclières à Prades-le-Lez (Hérault), mais avec 30 espèces d'arbres différentes. Ici, changement de paradigme : les feuillus ont laissé place aux panneaux montés sur trackeur mono-axe, c'est-à-dire sur un seul axe, "face est le matin, face ouest le soir, et à plat à midi", détaille Christian Dupraz. "Entre le fixe et le mono-axe, on gagne 30 % d'économie en eau". En cas de pluie, les panneaux se positionnent à la verticale, grâce aux indications des algorithmes.

Philippe Douteau


Aux pieds des panneaux solaires, lors de l'inauguration du démonstrateur agrivoltaïque, le 8 novembre : Agnès Langevine (vice-présidente de la région Occitanie), Pierre Escudié (vigneron), Jean Amouroux (maire de Tresserre), Antoine Nogier (président

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